En Belgique, ces petites phrases qui marquent les élèves d’origine marocaine
Une étude menée en Flandre montre comment certaines remarques, parfois présentées comme anodines, peuvent marquer durablement des jeunes Belgo-Marocains dans leur parcours scolaire.
À l’école, l’injustice ne prend pas toujours la forme d’une grande décision d’orientation ou d’un conflit ouvert. Elle peut aussi se glisser dans une phrase, un commentaire, une remarque sur le niveau de néerlandais ou une surprise exprimée devant les bons résultats d’un élève d’origine marocaine.
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Des remarques qui ne s’oublient pas
L’étude, publiée en 2025 dans Social Psychology of Education, repose sur des entretiens menés auprès de quatorze duos parent-jeune d’origine marocaine, soit 28 participants au total. Les chercheurs se sont intéressés à leur perception de la justice scolaire, notamment dans les relations avec les enseignants et le traitement reçu en classe.
Parmi les expériences les plus marquantes, les auteurs relèvent les remarques insensibles, racistes ou les micro-agressions. Selon l’étude, 21 participants sur 28 ont rapporté ce type de situations, qu’elles aient été vécues personnellement ou observées à l’école.
Ces phrases ne sont pas toujours des insultes directes. Elles peuvent aussi prendre la forme de compliments ambigus, par exemple lorsqu’un élève est félicité avec étonnement pour sa maîtrise du néerlandais. Dans les récits recueillis, ces remarques sont parfois vécues comme une manière de rappeler à l’élève qu’il n’est pas totalement considéré comme appartenant au groupe majoritaire.
L’étude évoque aussi des propos plus violents, notamment des remarques racistes ou islamophobes rapportées par certains participants. Les chercheurs les rattachent à la qualité de la relation entre enseignants et élèves, un élément central dans le sentiment d’être respecté ou non à l’école.
Le sentiment de devoir prouver davantage
Ces petites phrases s’ajoutent à d’autres expériences scolaires. Plusieurs jeunes interrogés disent avoir eu le sentiment que leurs capacités étaient sous-estimées ou que les attentes à leur égard étaient plus faibles. Certains racontent avoir dû prouver davantage leur valeur pour être pris au sérieux.
Pour les chercheurs, ces expériences ne sont pas toujours interprétées seulement comme des incidents individuels. Elles peuvent être comprises à travers une appartenance collective. Une remarque visant un élève d’origine marocaine, ou même un autre élève issu d’une minorité, peut nourrir l’idée que « les élèves comme eux » sont regardés différemment.
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L’étude reste prudente : elle ne prétend pas parler au nom de tous les Marocains de Belgique ni de tout le système scolaire belge. Elle porte sur un échantillon limité, en Flandre. Mais elle met en évidence un malaise souvent discret : pour certains jeunes Belgo-Marocains, une simple phrase entendue en classe peut laisser une trace durable.