Bellamine à Paris : Une vie de bohème !

- 00h39 - Maroc - Ecrit par : L.A

De son itinéraire extraordinairement foisonnant, Fouad Bellamine a gardé une amante fidèle : Paris. Ville où il cumule actuellement les créations et qui lui offre même et entre autres d’être l’un des quatre nouveaux Michel-Ange de la basilique des brasseries parisiennes… Carnets de route d’un artiste marocain dans la ville des lumières.

En 1972, Fouad Bellamine a 21 ans lorsqu’il expose pour la première fois à la galerie “La Découverte”, à Rabat. Huit ans plus tard, c’est à Montpellier que l’artiste fait ses premiers pas français. Dès lors, l’histoire s’écrit entre deux rives. Rabat-Paris, Paris-Rabat, deux univers de création qui se mêlent et ne peuvent désormais plus se dissocier.
L’itinéraire colle à l’artiste. Bellamine le curieux, le boulimique à la recherche picturale hantée par l’exploration, n’aurait su se suffire d’un unique modèle d’inspiration, d’un seul monde. Il esquisse alors un cosmos sur mesure, empreint de la contiguïté avec des Gharbaoui, Kacimi, Miloud ou Cherkaoui, épris des influences d’un De Staël ou d’un Derain.

Et si très vite l’artiste s’installe au panthéon des faiseurs de la picturalité marocaine contemporaine, il sait aussi se faire remarquer des prédicateurs d’une actualité plus large. Invité, en 1982, à la Douzième Biennale de Paris, Fouad Bellamine y choisit de montrer une oeuvre de huit mètres, à même le sol du Musée d’art moderne. Piquant ainsi l’attention du très spécialiste et critique

Otto Hahn qui souligne dans l’hebdomadaire L’Express : « Dans l’éclectisme de bon aloi qui domine, quelques personnalités se remarquent : le Hongrois Gabor Zaborszky, le Marocain Fouad Bellamine, l’Allemand Artmunt Neümann, l’Autrichien Alfred Klinkan. Et le Français Jean-Charles Blais… ». L’obtention d’une bourse française, l’année suivante, signe le début d’un premier exil et scelle celui d’une histoire qui s’écrit encore. Les années 80, celles de l’affranchissement, les années 90, peut-être bien celles de la réconciliation, de l’enseignement et toujours de cette insensée course picturale, et puis les années 2000, celles des allers-retours, dernier pied de nez à un réductionnisme qu’il abomine. Fouad Bellamine est à Paris, là où le tourbillon des cultures le happe, là où son talent prolifique ne s’en est jamais autant donné à cœur joie...

La peinture, toujours…

Après plus de 15 ans d’absence, Bellamine repeint pour Paris, à Paris. « Pour couper. Recommencer… ». Finalement, la définition personnelle qu’il se fait de l’acte créatif. Aux prémisses de sa carrière internationale, alors que le peintre se dissocie clairement du corset de la tradition et de la mémoire, alors qu’une bourse française le fait résider à la Cité Internationale des Arts, alors même qu’il soutient une thèse de 3ème cycle sur le « Concept de la muralité dans la peinture contemporaine » et se trouve bientôt chargé de cours au sein de l’Université Paris VIII, Bellamine expose déjà à Paris. Le peintre libre et affirmé y tient ce que l’on nommera sa période des “Arches parisiennes”, d’abord à la galerie “Jean-Yves Noblet” (Paris et Grenoble), puis à la galerie “Nikki Diana Marquardt” (Paris) et pour près de dix ans. A l’horizontalité dont on le targue, l’artiste conjugue la verticalité et se concentre sur “la distribution du geste et l’expérience de l’espace”. On appellera cela l’arche, la voûte… La dynamique va plus loin. La rupture est consommée. La recherche s’aiguise. L’espace et la Lumière seront ses terrains de jeu favoris.

Vingt ans plus tard, quelque part sur le Boulevard Montparnasse, l’homme en noir s’attelle toujours à sa “monumentalité gestuelle” et, à travers son jeu des transparences, s’apprête à livrer, début septembre, quelques crus 2007 à la Galerie Frédéric Moisan. Pour une exposition collective d’abord, qui précèdera son expo individuelle attendue, rue Mazarine toujours, pour l’automne 2008.

La rencontre, souvent…

Il n’est autre que Gilles de Bure, auteur et critique d’art à ne plus présenter, désigné comme directeur artistique de l’événement culturel initié par le groupe gestionnaire de l’établissement La Coupole (à ne plus présenter également). Un évènement destiné donc à fêter dignement le 80ème anniversaire du fameux rendez-vous parisien et qui consisterait à mettre en peinture “la femme, la fête et la nature” sous la coupole du restaurant parnassien, à l’image des piliers qui en ont fait sa renommée. Pour ce, quatre artistes se partageront un carrefour pictural : les 6 mètres de la lentille centrale. Quatre artistes pour quatre points cardinaux. Le Nord aux mains de la Française Carol Benzaken.

L’Argentine et son Ricardo Mosner tiendront l’Ouest. L’Est au Chinois Xiao Fan et enfin le Sud et un nom qui résonne comme une évidence : “Bellamine !”. « Parce que c’est le meilleur ! », coupe Gilles de Bure et d’ajouter, la blague en coin : « le plus compliqué, c’est qu’il n’est pas un peintre réaliste ». A celui que tous n’ont jamais cessé d’étiqueter par tous les moyens de répondre par un simple sourire : Il est un peintre réaliste… aussi. Les quatre magiciens ne se verront pas réserver aisément un quart du cercle mais devront interpénétrer leur création. « Une espèce de dialogue culturel et de conversation esthétique », explique l’artiste dont le résultat pictural est attendu pour octobre 2007. De “la femme, la fête et la nature”, Bellamine fera ce qui a tracé son itinéraire artistique, ce qu’il a toujours fait : « le lien. Et un peu, au- delà ».

La Lithographie, parfois

Deux natifs de Fès et une mystérieuse et très privée maison d’édition. C’est l’introduction d’un autre des projets parisiens du Fouad irascible. Les Amis du livre Contemporain, publie chaque année un écrit commandité par les propres choix des partisans de cette “association” qui sont eux-mêmes les seuls destinataires des oeuvres qu’ils éditent en série limitée donc. Plus d’un siècle après le début de cette aventure verbale, les membres de “l’opus Deï” littéraire ont choisi l’écrivain Tahar Benjelloun et le peintre Fouad Bellamine. Pour le reste, il est laissé à la volonté des deux co-auteurs qui, « air du temps oblige », se décident à broder un essai autour de la Spiritualité. « Dès la première rencontre, nous avons choisi ce thème », insiste l’artiste. L’angle sera la lumière et l’espace-temps : Fès. Fouad Bellamine y est né. De son enfance dans la médina, il garde ce rapport aux murs et à l’architecture qui le cerne, à l’espace, aux ombres et aux lumières. Benjelloun aussi porte la marque des traces de ses souvenirs, écrite et réécrite. “La Rue d’un seul” et les statues de Giacometti, il n’en faudra pas plus au peintre pour reconnaître chez l’auteur le protagoniste rêvé d’un dialogue entre deux modes d’expression. L’un à coup de mots, l’autre à la dextérité du poignet. Et après 15 lithographies toutes récemment livrées, ils ont emprunté les ruelles étriquées d’une cité séculaire comme des labyrinthes d’une réflexion tendue vers l’au-delà et la signification de l’existence. Le livre est attendu pour novembre prochain. Aucun exemplaire ne sera en vente. Seule exigence de l’artiste, accordée et signée : « qu’un exemplaire soit offert à la bibliothèque nationale ».

Ainsi, d’un parcours souvent imprévu mais certainement loin d’être conclu et d’une actualité bouillonnante, l’on retiendra la phrase d’un Fouad Bellamine qui déclarait, il y 30 ans déjà : « Il n’y pas de peinture marocaine, il n’y a que des peintres marocains ». Et l’artiste le prouve encore… à Paris.

Le Journal Hebdo

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