La Grande Mosquée de Paris rattrapée par ses artisans marocains

- 22h00 - France - Ecrit par : Mohamed A.

La Grande Mosquée de Paris célèbre son centenaire, mais son histoire marocaine reste largement méconnue. Financement, architecture, zellige, bois sculpté, présence du sultan Moulay Youssef : le monument porte encore l’empreinte décisive du Maroc.

Un siècle après son inauguration, la Grande Mosquée de Paris reste l’un des symboles les plus importants de l’islam en France. Mais derrière ce monument associé aujourd’hui à l’histoire institutionnelle de l’islam français, une partie de sa mémoire a été progressivement effacée : celle du rôle joué par le Maroc.

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Le bâtiment inauguré le 15 juillet 1926 ne doit pas seulement son existence à une décision française de reconnaissance envers les soldats musulmans morts pendant la Première Guerre mondiale. Il doit aussi une grande partie de son identité visible au Maroc, à ses institutions, à ses artisans et à son autorité religieuse de l’époque.

Un article publié par Al3omk rappelle que la contribution marocaine ne s’est pas limitée au soutien politique. Le Maroc aurait occupé une place centrale dans le financement initial du projet, à travers les souscriptions venues du royaume, mais aussi dans la conception esthétique du monument.

La Grande Mosquée de Paris s’inspire largement des codes architecturaux marocains et andalous. Son décor renvoie aux traditions de Fès, aux médersas mérinides et à l’univers de la Qarawiyyine. Pour donner forme à cette identité, des maîtres artisans marocains venus notamment de Fès et de Meknès ont travaillé sur le zellige, le plâtre sculpté et le bois ouvragé.

Une empreinte marocaine toujours visible

Cette empreinte ne relève pas seulement du décor. Elle dit aussi le rôle spirituel et politique que le Maroc a joué dans les débuts de la mosquée. L’inauguration officielle s’était déroulée en présence du président français Gaston Doumergue et du sultan Moulay Youssef, accompagné d’une délégation marocaine.

La première prière du vendredi aurait également porté cette marque marocaine, avec la présence du cheikh Ahmed Ben El Ayachi Skirej, figure religieuse et lettrée issue de la tradition soufie marocaine. Des traces de cette mémoire subsistent encore dans les inscriptions et les éléments décoratifs du bâtiment.

Avec le temps, cette histoire a pourtant été reléguée au second plan. La gestion de la mosquée a progressivement basculé dans une autre configuration politique, notamment après les indépendances maghrébines, jusqu’à devenir un espace étroitement lié à l’influence algérienne à partir des années 1980.

Le centenaire de la Grande Mosquée de Paris remet donc au jour une question sensible : comment un monument dont l’architecture, l’artisanat et une partie du financement portent une forte signature marocaine a-t-il pu voir cette mémoire s’effacer dans le récit public ?

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Pour le Maroc, l’enjeu n’est pas seulement symbolique. Il s’agit de rappeler la place de ses artisans, de ses institutions religieuses et de son patrimoine dans la construction d’un des lieux les plus emblématiques de l’islam en Europe. Un siècle plus tard, la Grande Mosquée de Paris reste aussi un monument de mémoire marocaine.