Italie : une ancienne députée née au Maroc s’inquiète d’une justice islamique parallèle
La création d’une chambre arbitrale islamique à Padoue provoque une polémique en Italie. Souad Sbai, ancienne députée italienne née au Maroc, redoute l’apparition d’une justice parallèle susceptible de menacer les droits des femmes. Le parquet a ouvert une enquête.
« Il n’existe pas de règles parallèles, il existe la loi italienne. » Souad Sbai ne mâche pas ses mots. L’ancienne députée italienne d’origine marocaine réclame une intervention du gouvernement contre la chambre arbitrale islamique installée à Padoue. Dans un entretien accordé à Il Riformista, repris le 10 octobre par Dire News Oggi, elle dénonce le risque de voir des principes religieux intervenir dans le règlement de litiges privés.
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Née à Mohammedia, Souad Sbai a siégé au Parlement italien à partir de 2008. Présidente de l’Association des femmes marocaines en Italie, elle s’est notamment engagée contre les violences faites aux femmes et le port imposé du voile. Ce dimanche 11 octobre, Radio Radicale lui a consacré un nouvel entretien sur l’affaire de Padoue.
Au centre de la controverse figure une association privée constituée le 3 mars 2026. Baptisée Camera Arbitrale Islamica Italiana, elle propose de résoudre des différends civils et commerciaux en s’appuyant sur les principes de la charia. Son règlement prévoit notamment de recourir à des règles inspirées du droit islamique dans certaines procédures d’arbitrage.
Pour Souad Sbai, le problème tient à la place accordée à ces règles. Dans une tribune publiée le 8 octobre, elle reproche au dispositif de faire passer les préceptes religieux avant le droit italien. Elle s’inquiète également des pressions qui pourraient s’exercer sur les personnes les plus vulnérables, en particulier les femmes.
Le parquet italien examine le dossier
L’ancienne parlementaire réclame un décret gouvernemental pour empêcher le fonctionnement d’organismes qui ne respecteraient pas les principes constitutionnels. Elle insiste notamment sur l’égalité entre hommes et femmes, rappelant que les règles religieuses ne peuvent, selon elle, se substituer aux droits garantis par la loi italienne.
Le fondateur de la chambre arbitrale, l’avocat Omar Vanin, conteste cette lecture. Interrogé par l’agence ANSA, il assure que son organisme n’est pas un tribunal et respecte le droit italien. Il exclut toute intervention dans les questions familiales, comme le mariage ou la filiation, et affirme qu’aucune décision arbitrale n’a encore été rendue.
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La justice italienne s’est néanmoins saisie du dossier. Le 8 octobre, le procureur de Padoue, Angelantonio Racanelli, a annoncé l’ouverture d’une procédure de vérification à la suite d’un signalement. Aucun suspect ni aucune infraction n’ont été identifiés à ce stade. Les magistrats doivent examiner les activités de l’association et leur conformité au cadre juridique italien.
La controverse divise aussi les organisations musulmanes. L’Union des communautés islamiques d’Italie (UCOII) a pris ses distances avec la chambre arbitrale, affirmant que ses promoteurs n’avaient reçu aucun mandat des communautés qu’elle représente. Elle rappelle que les affaires familiales et les droits fondamentaux ne peuvent être soumis à un arbitrage privé et que la justice relève des tribunaux de la République.