Quand le Maroc échoue, l’Espagne attaque ; quand il réussit, elle s’inquiète

- 13h00 - Sport - Ecrit par : Nadia El A.

Au Maroc, un revers devient un doute sur 2030. Une réussite devient une menace pour l’Espagne. Depuis plusieurs mois, une même mécanique revient dans une partie du débat espagnol, avec presque toujours le même point d’arrivée : la finale du Mondial.

La CAN en a fourni l’exemple le plus spectaculaire. Après la finale mouvementée entre le Maroc et le Sénégal, El Español n’a pas limité son analyse aux incidents du match. Le journal a titré sur un « autoboicot » marocain qui « endommage son image pour 2030 », estimant que la compétition, initialement conçue comme une démonstration du savoir-faire marocain, s’était transformée en mauvaise publicité à quatre ans du Mondial.

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Quelques semaines plus tard, AS suivait une logique comparable dans un article intitulé « Tensión Mundial con Marruecos ». Les problèmes rencontrés pendant la CAN, les critiques concernant le traitement de certaines sélections et les protestations contre les budgets consacrés aux stades y étaient directement rapprochés de l’ambition marocaine d’accueillir la finale au futur stade Hassan II de Casablanca.

Mais lorsque le Maroc construit et investit, le raisonnement ne disparaît pas : il change de sens. Le 5 août, El Debate consacrait un article aux ports, trains, autoroutes, usines et autres grands projets marocains sous un titre affirmant que Mohammed VI chercherait à « cacher la pauvreté » du pays avec des infrastructures « pharaoniques ». Le journal terminait précisément sur les six stades liés au Mondial, évalués à environ trois milliards d’euros, et sur l’ambition de Casablanca d’obtenir la finale « aux dépens » du Santiago Bernabéu.

Quand réussir devient aussi un problème

La crise de Sebta a encore élargi le phénomène. Le 6 août, Vox a demandé au Congrès espagnol d’exiger l’exclusion du Maroc de l’organisation du Mondial après les événements survenus à la frontière. Le parti a invoqué les « carences structurelles » marocaines et sa capacité à garantir la sécurité d’un événement mondial. Mais sa proposition allait plus loin : elle demandait simultanément que l’Espagne s’oppose à toute décision permettant au Maroc d’accueillir la finale, rapporte AS.

L’équation devient plus étonnante encore lorsque les nouvelles sont favorables au Maroc. En mars, El Debate titrait cette fois sur « le pouvoir du Maroc à la FIFA » qui mettait « en danger » une finale et une demi-finale espagnoles. Le même article reconnaissait pourtant la modernité des nouveaux stades marocains et la bonne impression produite auprès de la FIFA. Ce n’était donc plus un Maroc insuffisamment préparé qui posait problème, mais un Maroc suffisamment compétitif pour prendre des matchs prestigieux à l’Espagne.

Cette méfiance a resurgi début août dans AS. João Gabriel, ancien consultant de la candidature ibérique, y accusait le Maroc d’avoir toujours privilégié ses propres intérêts et affirmait que les interventions de la FIFA avaient systématiquement favorisé les positions marocaines. La CAN et les relations entre Rabat et Gianni Infantino étaient également convoquées dans son argumentation.

Le quotidien espagnol a toutefois publié quelques heures plus tard une réponse du journaliste marocain Amine Birouk. Celui-ci rappelle que l’Espagne, le Portugal et le Maroc défendent tous leurs intérêts, juge infondées les accusations de favoritisme en l’absence de preuves et estime notamment que mélanger la CAN ou les événements de Sebta avec la candidature au Mondial revient à rapprocher des dossiers différents.

C’est précisément ce débat qui révèle le paradoxe. Quand le Maroc rencontre une difficulté, elle peut servir à démontrer qu’il n’est pas suffisamment prêt pour 2030. Lorsqu’il construit des infrastructures, elles deviennent démesurées. Et lorsque ses stades, son football ou son poids institutionnel lui permettent de rivaliser réellement avec l’Espagne, c’est cette réussite qui devient à son tour inquiétante.

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Les arguments changent. La question qui revient, elle, reste la même : Casablanca ou Madrid pour la finale du Mondial 2030.