Le Maroc a trouvé sa machine à gagner avant la France

- 16h00 - Sport - Ecrit par : Sébastien A.

Le Maroc avance vers son quart de finale contre la France avec une certitude nouvelle : Mohamed Ouahbi n’est plus seulement l’héritier de Walid Regragui. Le technicien belgo-marocain a imposé sa méthode, son calme et une exigence qui transforment les Lions de l’Atlas en équipe difficile à renverser.

Le Maroc n’a pas seulement éliminé les Pays-Bas puis dominé le Canada. Il a confirmé l’installation d’un homme à la tête de son projet sportif. Mohamed Ouahbi, nommé sélectionneur en mars dernier, a traversé le Mondial 2026 avec une autorité discrète, loin des grands discours, mais avec une ligne directrice très claire.

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Son parcours explique en grande partie cette réussite. Avant d’arriver sur le banc des Lions de l’Atlas, le technicien belgo-marocain s’est construit loin du bruit, dans la formation, rappelle RMC. Passé par Anderlecht, où il a travaillé de longues années avec les jeunes, il a gravi les échelons jusqu’à mener les U19 du club belge en demi-finale de Youth League lors de la saison 2014-2015.

Cette culture de la formation, Mohamed Ouahbi l’a ensuite transportée au Maroc. En mars 2022, il prend la tête de la sélection nationale U20. Trois ans plus tard, il mène les Lionceaux de l’Atlas au titre mondial au Chili. Ce sacre, en octobre 2025, n’a pas seulement enrichi le palmarès du football marocain. Il a surtout validé une méthode.

Pour ceux qui l’ont connu en Belgique, cette trajectoire n’a rien d’un hasard. Jean-François Lenvain, ancien responsable de la cellule sociale du RSC Anderlecht, le décrit comme une « machine à gagner ». Le compliment est fort, mais il résume bien le paradoxe Ouahbi : un entraîneur calme, presque réservé, mais animé par une obsession du résultat.

Son passé de professeur d’éducation physique dans des quartiers difficiles de Bruxelles a aussi façonné sa manière de gérer un groupe. Ouahbi ne regarde pas seulement le joueur, il cherche à comprendre l’homme derrière le maillot. Cette fibre sociale lui permet d’entrer dans un vestiaire sans brutalité, mais sans perdre son autorité.

Une autorité calme mais implacable

C’est peut-être là que se trouve la vraie force du sélectionneur marocain. Mohamed Ouahbi ne donne pas l’image d’un entraîneur qui écrase son groupe. Il écoute, laisse ses collaborateurs proposer, accepte les idées. Mais au moment de décider, c’est lui qui tranche.

Nasser Larguet, ancien directeur technique national de l’Arabie saoudite, insiste sur cette capacité à ouvrir le débat tout en gardant la décision finale. L’entraîneur marocain n’est pas dans le commandement théâtral. Il installe un cadre, responsabilise son entourage, puis impose sa ligne.

Cette ligne peut être dure. La preuve la plus spectaculaire reste son choix de ne pas retenir Hakim Ziyech et Sofiane Boufal, deux joueurs majeurs de l’histoire récente des Lions de l’Atlas, qui cumulent à eux deux plus de 100 sélections. Au Maroc, où ces noms pèsent lourd, la décision pouvait l’exposer. Ouahbi l’a assumée.

C’est là qu’apparaît l’autre facette du personnage. Derrière le formateur, il y a un sélectionneur capable de couper dans le vif. Ahmed Rami, un proche connu à Schaerbeek, parle d’une « main de fer dans un gant de velours ». La formule colle parfaitement à ce qu’on voit depuis le début du Mondial : un Maroc serein, mais jamais mou ; patient, mais jamais passif.

Le quart de finale face à la France arrive donc comme un test de très haut niveau. Les Bleus ont l’expérience, les individualités et l’habitude de ces rendez-vous. Mais le Maroc a désormais autre chose qu’un élan populaire ou un souvenir de 2022. Il a un entraîneur qui a déjà gagné avec les jeunes, qui a réussi sa transition vers les A et qui a donné à son groupe une structure mentale solide.

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La question n’est plus seulement de savoir si Mohamed Ouahbi peut prolonger l’œuvre de Walid Regragui. Il est déjà en train d’écrire son propre chapitre. Et face à la France, le Maroc ne comptera pas seulement sur ses joueurs. Il comptera aussi sur cette machine calme, méthodique et exigeante, qui a appris à gagner avant de découvrir la lumière.