Marocains du monde, une cash-machine

- 02h34 - Maroc - Ecrit par : L.A

Ils vont faire et feront l’actualité pendant tout l’été. Ils, ce sont les MRE, « Marocains du monde » ou « Marocains sans frontières » comme les ont rebaptisés habilement les stratèges marketing de nos banques. Estimée à 3 millions de personnes, cette population représente plus qu’une incontestable force économique au travers de son poids financier.

D’après les chiffres officiels, les envois de fonds des « Marocains sans frontières » se sont élevés à 47 milliards de dirhams en 2006, à peu près 4,4 milliards d’euros dont 1,9 milliard provenant de France, le plus gros foyer de l’émigration marocaine. En moyenne, chaque « Marocain du monde » aura donc transféré 1.400 euros vers le Maroc.

Une double lecture est généralement faite de l’importance de ces transferts : l’attachement des émigrés à leur pays d’origine -avec quelques écarts cependant selon les générations- et la solidité de la solidarité familiale. Ce que confirment les constats des banquiers marocains : 70% des fonds envoyés par les MRE relèvent de l’aide familiale. L’obligation sociale et familiale gouverne massivement le comportement des immigrés, qu’ils soient en situation régulière, ou sans papiers d’ailleurs, soulignent des experts français dans les arbitrages économiques : « Réduction maximale des dépenses courantes, limitation de la capacité d’épargne formalisée et donc, projets d’investissements, même modestes dans le pays d’accueil ». Au départ de la France, le volume des sommes transférées par migrant est en moyenne de 2.000 à 2.500 euros (22.000 à 27.500 dirhams) pour les ressortissants du Maghreb.

45% des flux touristiques

L’épargne des MRE, comme on les appelle familièrement, représentent 25% des dépôts du système bancaire (à peu près 90 milliards de dirhams, source Attijariwafa bank) alors que les transferts annuels contribuent pour 1/4 dans les recettes de la balance des paiements et amortissent considérablement l’impact du déficit structurel de la balance commerciale.

Pour le tourisme, les MRE représentent aussi un formidable réservoir d’activité. Sur les 6 millions de touristes internationaux qui visitent le Royaume, près de 45% sont des Marocains installés à l’étranger. La querelle sur la qualification des MRE en touristes relève de l’histoire, et bien d’hôteliers sont heureux de faire fonctionner leurs établissements en période estivale grâce à cette clientèle.

Avec le tourisme, l’argent des Marocains de l’étranger est l’une des principales sources d’alimentation du pouvoir d’achat à l’extérieur (réserves de change) de l’économie. C’est confirmé aussi, l’essentiel des investissements privés est financé par l’épargne des MRE que gèrent les banques. Rien d’étonnant donc à voir s’exacerber la concurrence entre les établissements bancaires pour capter cette clientèle. Et désormais, les compétiteurs dépassent le cercle maroco-marocain, les banques des pays d’accueil multipliant des offres « alléchantes » à destination des migrants.

De l’Espagne à la France en passant par la Belgique et la Hollande, les hostilités sont ouvertes. Leader historique, le groupe Banques Populaires, qui capte le 1/3 des flux monétaires des MRE vers le Maroc avec 670.000 clients en portefeuille, doit composer avec ce nouvel environnement. De par sa position, il est naturellement le plus menacé. Il va sans dire que ses challengers marocains ne lui feront aucun cadeau. La plupart d’entre eux ont annoncé, ou appliquent déjà la gratuité sur les transferts.

Une étude sur l’intégration économique des migrants publiée il y a quelques mois en France fait beaucoup de bruit de ce côté de la Méditerranée. Les banquiers marocains ont particulièrement décortiqué une de ses conclusions, selon laquelle le poids important des transferts de fonds était un obstacle à l’intégration des migrants. Les auteurs insistant par ailleurs sur la nécessité pour les banques de tout mettre en œuvre pour intégrer les populations immigrées dans les circuits financiers.

Sur la place casablancaise, les banquiers considèrent le rapport Milhaud (le patron du groupe Caisse d’Epargne avait supervisé les travaux) comme une nouvelle menace. Et ils ont intensifié les efforts pour préserver leurs positions et en gagner de nouvelles sur ce qui apparaît comme une véritable manne. Toutes les banques déploient désormais le principe de la double intégration, c’est-à-dire un compte ouvert à l’étranger est automatiquement suivi d’une ouverture d’un autre au Maroc. Cela suffira-t-il à contrer les grandes majors européennes ?

L’Economiste - Abashi Shamamba

  • Le vrai poids des MRE

    Les « Marocains du Monde » ou « Marocains sans frontières », selon la terminologie des banquiers, sont moins visibles cet été sur les routes. Il semble que la plupart aient reporté leur séjour au mois de Ramadan en septembre. Du coup, les commerces animés traditionnellement par cette clientèle souffrent cet été, la plupart n'ayant sans doute pas anticipé cette éventualité.

  • Marché des MRE : Les banques partent en guerre

    Le segment des MRE n'a jamais été aussi disputé entre les banques marocaines comme cette année. Depuis juin dernier, elles déploient des offres commerciales tout en couleur dans l'espoir de séduire les « Marocains du monde » ou « Marocains sans frontière »... à chacune son appellation.

  • MRE : Le rapport qui fait trembler les banques marocaines

    L'argent est la première motivation d'émigration, il doit être le premier outil d'intégration. C'est la conclusion qu'on peut tirer du rapport « L'intégration économique des migrants et la valorisation de leur épargne », réalisé par Charles Milhaud, président du Directoire de la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne à la demande de Nicolas Sarkozy, alors ministre d'Etat à l'Intérieur.

  • Epargne-MRE : La BP intensifie les hostilités

    La guerre commerciale sur l'envoi des fonds et l'épargne des Marocains résidents à l'étranger rebaptisés « Marocains du monde » par les services marketing, redouble d'intensité. Le groupe Banques Populaires n'entend pas se laisser doubler sur sa clientèle « historique ».

  • MRE : Très chers transferts instantanés

    L'arme de promotion est fatale, en plus de l'atout de la formule : « Transferts d'argent pas chers ». Une trouvaille que revendiquent tous les acteurs du marché de transfert d'argent, qui laisse peu de gens insensibles. Et le match engagé sur le terrain du marketing par Western Union, leader incontestable du marché, MoneyGram, et les autres, est loin d'être joué.

  • Les MRE, objets de toutes les convoitises

    Aujourd'hui est un jour spécial. Le Maroc rend hommage à la communauté marocaine résidant à l'étranger, en célébrant la Ve édition de la Journée nationale du migrant. Cette année, la Journée, désormais traditionnelle, est placée sous le thème « Les grands chantiers économiques : nouvelles opportunités d'investissements pour les Marocains du monde ».

  • MRE : L'offensive du groupe Caisse d'Epargne

    A la tête de la Fédération des banques françaises depuis septembre dernier, le patron des Caisses d'Epargne estime que le travail accompli par les banques françaises, en matière des services financiers transfrontaliers notamment destinés aux migrants, reste insuffisant. Charles Milhaud, auteur du rapport sur « l'intégration économique des migrants et la valorisation de leur épargne », estime que c'est une première expérience vers ce qu'il appelle le codéveloppement.

  • 4,4 milliards d'euros transférés par les MRE en 2006

    Le montant des transferts de fonds des Marocains résidant à l'étranger (MRE) vers leur pays d'origine est passé de 1,7 milliard d'euros en 1996 à 4,4 milliards d'euros en 2006, soit le 1/4 des recettes courantes de la balance des paiements et 10% du Produit intérieur brut (PIB) du royaume.

  • Les transferts des jeunes MRE en baisse

    Les jeunes MRE investissent très peu comparativement à leurs aînés. Les transferts provenant des pays de la « vieille immigration » sont en train de baisser. Les lourdeurs administratives, la fiscalité… handicapent encore l'investissement.

  • Pour les Marocains du monde, l'intégration reste une équation

    Un pied ici, un autre là-bas. Entre leur pays d'origine et celui d'accueil, les Marocains résidant à l'étranger ou « Marocains du monde » pour être « in » semblent chercher toujours leurs marques après plusieurs générations. C'est ce qui se dégage des résultats d'une enquête du Centre des recherches et études démographiques relevant du Haut commissariat au Plan.