Mondial 2030 : un rapport allemand accuse le Maroc de privilégier la vitrine aux urgences sociales

- 15h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Le Maroc transforme le Mondial 2030 en puissant outil de développement et de rayonnement international. Mais un rapport allemand porte un regard beaucoup plus critique sur cette stratégie, estimant que les grands projets et les infrastructures sportives entrent parfois en concurrence avec des besoins sociaux plus urgents.

Pour la Bertelsmann Stiftung, le football a pris une place centrale dans la stratégie d’image du Royaume depuis le parcours historique des Lions de l’Atlas lors du Mondial 2022. La candidature victorieuse avec l’Espagne et le Portugal pour accueillir la Coupe du monde 2030 permet au Maroc de montrer à l’étranger le visage d’un pays moderne, dynamique et capable d’organiser les plus grands événements internationaux.

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Mais la fondation allemande estime que cette vitrine masque une autre réalité. Dans son BTI 2026 Morocco Country Report, elle considère que les autorités ont davantage privilégié, pendant la période étudiée, le prestige international que des politiques de développement suffisamment inclusives. Le rapport vise notamment le chômage, les inégalités et les difficultés persistantes rencontrées par une partie de la population.

Le document n’ignore pourtant pas les progrès réalisés. Il souligne la modernisation des infrastructures marocaines et la diversification de l’économie, en particulier dans les énergies renouvelables et le tourisme. Mais il juge que ces avancées n’ont pas suffi à réduire les écarts sociaux, dans un contexte de prix élevés, de salaires sous pression et de chômage particulièrement important chez les jeunes.

Le TGV et les stades face à la santé et l’éducation

C’est lorsqu’il aborde les investissements que le rapport devient particulièrement critique. Bertelsmann cite les grands projets comme le TGV, qui pèseraient selon lui sur les finances publiques alors que la santé et l’éducation restent insuffisamment financées. Il applique le même raisonnement aux préparatifs de la CAN et surtout du Mondial 2030 : ces événements peuvent accélérer les infrastructures et attirer les investissements, reconnaît-il, mais la priorité donnée aux équipements sportifs peut entrer en concurrence avec des besoins intérieurs plus pressants.

Le rapport prend également l’exemple de Rabat. Il évoque les accusations de démolitions et d’expulsions dans le quartier de L’Océan, ainsi qu’un projet routier reliant Agdal-Riyad à Souissi qui menacerait une partie du campus de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, dont plusieurs résidences étudiantes. Bertelsmann rattache ces transformations urbaines aux préparatifs des grands événements internationaux et s’interroge sur leur coût social.

Le diagnostic est donc paradoxal : le rapport reconnaît au Maroc une réelle capacité à moderniser ses infrastructures et à renforcer son poids international, mais considère que cette réussite extérieure creuse aussi le décalage avec les préoccupations quotidiennes d’une partie de la population. Pour Bertelsmann, c’est précisément ce fossé entre l’image de modernité projetée à l’étranger et la situation économique et sociale intérieure qui constitue l’un des risques pour les prochaines années.

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Une précision est importante : même s’il porte le millésime 2026, le BTI analyse la période allant du 1er février 2023 au 31 janvier 2025. Il ne prend donc pas en compte les évolutions intervenues au Maroc depuis cette date. Le Transformation Index de la Bertelsmann Stiftung évalue tous les deux ans la démocratie, l’économie et la qualité de la gouvernance dans 137 pays.