L’affaire Radouane : Le calvaire d’un Belgo-Marocain en prison

- 00h39 - Belgique - Ecrit par : L.A

Radouane Al Majd, un Belgo-Marocain de 33 ans, revient à la vie. Depuis le 9 juin, il était dans le coma. La cause : certains de ses co-détenus à la prison belge de Saint-Hubert l’ont agressé.

« Deux prisonniers m’ont tenu chacun par une main, un autre s’est chargé de me taper dessus de toutes ses forces », raconte Radouane à sa mère. Celle-ci rapporte que l’un des agresseurs, après avoir mis son fils à terre, a continué à le frapper partout et lui a même marché sur le visage. « Ils ont manqué de peu de tuer mon fils et personne n’a réagi », s’indigne-t-elle en pleurant.

Baignant dans son sang, Radouane a été transporté d’urgence à l’hôpital. Il a été blessé au visage, aux yeux, à la mâchoire... Tout son corps portait des traces de coups. Il a été sauvé in extremis.

Le lundi 18 juin, le blessé a à peine repris ses esprits qu’il a été renvoyé dans sa prison, malgré les protestations de sa mère. À ce jour, aucune plainte n’a été déposée et aucune enquête n’a été ouverte suite à cette agression qui n’est pas un cas isolé. Radouane était défendu par une avocate pro deo (non rétribuée par son client, mais par l’Etat).

La violence dans le milieu carcéral en Belgique est monnaie courante. Elle est l’une des conséquences de l’anarchie et de la surcharge qui caractérisent les prisons belges.

Celles-ci n’ont dans leur globalité qu’une capacité de 8.311, elles abritent aujourd’hui plus de 10.100 détenus.

Dans ce contexte, les cellules, souvent insalubres, destinées à abriter deux détenus, en abritent trois, sinon plus.

« Dans cette promiscuité, un condamné pour meurtre côtoie parfois un prévenu qui pourrait être déclaré innocent par la suite. Ces deux prisonniers peuvent fréquenter un sans-papiers qui se trouve juste en détention administrative et qui ne comprend même pas ce qu’on dit autour de lui », révèle un visiteur de prison. Du coup, la cohabitation n’est pas toujours facile.

« Quand il y a une bataille entre prisonniers, les agents pénitentiaires n’osent même pas intervenir. Ils craignent pour leur vie », rapporte une source pénitentiaire. La même source explique que les détenus constituent souvent des bandes organisées à l’intérieur de chaque prison. « C’est la loi du plus fort qui règne dans ces zones de non-droit », confirme un ex-détenu en parlant des prisons en Belgique.

Et de renchérir : « c’est à travers un jeu de pouvoir qui a ses subtilités, ses règles et ses combats qui sont extrêmement violents parfois, que les caïds s’imposent. De la sorte, dans certaines prisons, la bande dominante peut être d’origine marocaine, dans d’autres elle peut être d’origine italienne ou albanaise... Et ce sont toujours les plus faibles qui paient ». Le passage à tabac de Radouane n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Le Reporter - Mohamed Zainabi

  • Belgique : Radouane Bouhlal à la tête du Mouvement contre le racisme

    Radouane Bouhlal, belge d'origine marocaine, a été reconduit à la résidence du Mouvement belge contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie.

  • Prisonniers marocains en Belgique : Guantanamo au cœur de l'Europe

    Dans les prisons belges, les détenus Marocains sont les plus nombreux parmi les prisonniers étrangers. Autant que les autres, ils sont incarcérés dans des conditions « indignes d'un Etat de droit ».

  • Terrorisme : deux Belgo-marocains condamnés

    Les belgo-marocains Mohamed Reha et Ahmed Zemmouri, oncle du premier, ont été condamnés mercredi à dix ans de prison ferme par un tribunal marocain pour des "activités terroristes liées à al Qaeda", parmi un groupe de 21 islamistes.

  • Vie, rêves et excès des Maroxellois

    Par endroits, la ville de Bruxelles donne au visiteur cette impression, étonnante pour certains et dérangeante pour d'autres, de n'être qu'une partie d'une grande ville marocaine. À la sortie de la gare du Nord, rue de Brabant, on se croirait en plein dans l'une des artères commerçantes et grouillantes de monde de Derb Omar à Casablanca.

  • Au Maroc, des « bombes à retardement »

    Usine à terroristes. Les autorités belges s'inquiètent de la radicalisation des détenus belgo-marocains incarcérés dans les geôles marocaines : un rapport a été transmis au ministère belge des Affaires étrangères par des experts de terrain. « Il y a un vrai problème », souligne une source informée sous couvert d'anonymat : « les détenus européens ne sont pas séparés des islamistes.

  • Belgique : des prisons au Maroc pour les belgo-marocains ?

    Mischaël Modrikamen, président du parti populaire belge, propose de construire des prisons au Maroc pour les détenus belgo-marocains.

  • Prison : la Belgique se marocanise

    Les Marocains détiennent le record en matière de séjour carcéral en Belgique. Plus d'un millier de ressortissants marocains sont en effet détenus dans les prisons belges, sur une population carcérale totale estimée à 9675 détenus.

  • L'affaire Nordine Benallal : Des cris qui brisent le silence de la prison

    Noredin Benallal. Un nom devenu tristement célèbre. Celui qui le porte est un Belge dont les parents sont Marocains. Il a eu de multiples problèmes avec la justice belge depuis son jeune âge. Sa sœur se bat pour que son cas serve de leçon et fasse réfléchir...

  • Media marocains en Belgique : L'impitoyable guerre

    La communauté d'origine marocaine se bat pour avoir sa place au soleil dans le champ médiatique belge. Outre la bataille menée pour les fréquences modulées, la concurrence est rude entre Belgo-marocains.

  • Belgique : Nordine Benallal s'évade de la prison pour la cinquième fois

    Nordine Benallal, condamné à une lourde peine d'emprisonnement pour plusieurs crimes et délits, s'est évadé dimanche d'une prison belge, aidé par des complices venus le chercher à bord d'un hélicoptère.