Roissy : Ruinée au Maroc, Victoria rejoint les naufragés du premier aéroport français

- 05h00 - France - Ecrit par : Farid Laamoudi

Ruinée par une promesse de mariage au Maroc, Victoria, 49 ans, a trouvé refuge à l’aéroport de Roissy. Comme une centaine de sans-abri, cette ancienne auxiliaire de vie tente de survivre dans les terminaux franciliens.

Arrivée de l’étranger sans ressources, la quadragénaire affirme avoir tout perdu. Un homme qu’elle souhaitait épouser sur le sol marocain l’a dépouillée de plusieurs milliers d’euros. Contrainte d’abandonner ses effets personnels sur place, elle ne possède plus qu’un téléphone prépayé hors d’usage. « Je suis coupée du monde. C’est trop dur », confie-t-elle dans un reportage de Sept à Huit sur TF1.

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Ces présences discrètes finissent par faire partie du décor. La direction de l’aérogare tolère ces naufragés et finance une permanence de la Croix-Rouge ouverte tous les jours. C’est cet environnement chauffé et sécurisé qui attire de nombreux profils. Joël, un ancien ouvrier veuf de 55 ans, terrassé par deux AVC et rongé par la honte au point de fuir sa fille, y vit depuis cinq longues années.

Malgré la précarité de ce huis clos, Victoria refuse de se négliger. Elle se maquille dans les toilettes publiques et se lave à l’eau froide. Dans cette épreuve, elle s’appuie sur Samuel, un ancien maçon. Ce compagnon d’infortune garantit sa sécurité et lui apprend à solliciter de la nourriture sans mendier d’argent, ciblant principalement le personnel connu de l’aéroport.

La nuit, une autre économie s’organise autour des poubelles ultra-surveillées des zones de livraison. Omar, 25 ans, s’y introduit pour récupérer les produits confisqués aux voyageurs avant l’embarquement. Crèmes et jus de fruits servent de monnaie d’échange avec d’autres résidents. Obsédé par la propreté après des maladies et des punaises de lit, cet ancien toxicomane dort au milieu des passagers, les lacets noués pour ne pas se faire détrousser.

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Pour ne pas sombrer psychologiquement, certains s’imposent une discipline de fer. Réfugié au Terminal 2F sous l’œil des caméras, Axel s’astreint chaque matin à des exercices physiques. Ce passionné d’aviation, adopté au Congo, a vu sa vie dérailler lors du confinement sanitaire, jusqu’à un saut dans le vide depuis un pont. Aujourd’hui, il arpente les halls des heures entières pour tromper la solitude.