L’Europe sanctionne Moscou, mais son essence arrive en Russie via le Maroc
De l’essence chargée au Royaume-Uni et dans plusieurs pays européens transiterait par Tanger Med avant d’être réexportée vers la Russie. Une analyse des mouvements de pétroliers révèle un circuit beaucoup plus vaste que la première cargaison de 30 000 tonnes dévoilée en juillet.
La Russie, pourtant grande productrice de pétrole, importe désormais du carburant pour compenser les dégâts provoqués par les frappes ukrainiennes sur ses raffineries. En juillet et août 2026, ses importations auraient atteint 3,85 millions de barils, dont 3,1 millions de barils d’essence et de composants destinés à sa fabrication.
Une partie de ces volumes passerait par le Maroc. Selon une analyse publiée le 4 septembre par Windward, un important terminal de stockage de Tanger Med reçoit de l’essence européenne et britannique, la mélange, puis la réexporte vers des ports russes.
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Entre janvier et août, neuf pétroliers auraient livré dans ce terminal environ un million de barils chargés en Espagne, aux Pays-Bas, à Chypre, en Italie et au Royaume-Uni. L’installation dispose de 19 réservoirs et peut stocker jusqu’à 3,35 millions de barils.
Entre juin et juillet, trois autres navires ont transporté environ un million de barils depuis Tanger Med vers des ports russes de l’Arctique et de la Baltique. Quelque 500 000 barils supplémentaires seraient actuellement en route vers la Russie.
Un circuit inédit depuis au moins 2016
Windward s’appuie sur ses données maritimes et celles de la société spécialisée Vortexa. D’après cette dernière, il s’agit des premiers transports d’essence entre le Maroc et la Russie recensés depuis le début de ses relevés en 2016.
La dernière cargaison d’essence expédiée depuis ce terminal vers une destination autre que la Russie remonte à mai 2026, avec environ 260 000 barils envoyés en Espagne. Aucun autre pays n’aurait ensuite reçu d’essence finie provenant de l’installation.
Les volumes expédiés vers la Russie dépassent même les arrivages européens et britanniques identifiés depuis le début de l’année. Windward estime que cet écart est compatible avec l’utilisation d’anciens stocks et des opérations de mélange rendant plus difficile l’identification de l’origine exacte du carburant.
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Le terminal marocain aurait auparavant servi au circuit inverse. Entre 2023 et 2025, du diesel russe y aurait été livré, puis réexporté vers des ports méditerranéens européens comme produit « marocain ». L’infrastructure qui acheminait le carburant russe vers l’Europe servirait désormais à envoyer du carburant européen vers la Russie.