Air France : les Marocains épargnés par une interdiction qui frappe 31 nationalités

- 06h00 - France - Ecrit par : L.A

Air France applique une directive israélienne excluant certaines nationalités de ses vols vers Tel-Aviv. Les Franco-Algériens et Franco-Tunisiens sont concernés, même avec un passeport français. Les Franco-Marocains échappent à cette mesure controversée, qui provoque la colère des syndicats.

Un pilote franco-marocain peut assurer un vol Air France vers Israël. Son collègue franco-algérien ou franco-tunisien, lui, ne le peut plus. Cette différence de traitement découle d’une directive imposée par les autorités israéliennes, visant les ressortissants de 31 pays. Révélée le 10 octobre par Mediapart, la consigne a été relayée dans une note interne adressée aux pilotes et au personnel navigant de la compagnie française.

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Le critère retenu par Israël est diplomatique. Les membres d’équipage possédant la nationalité, même en complément de la nationalité française, d’un pays sans relations diplomatiques officielles avec Israël ne peuvent plus participer aux vols concernés. L’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Iran, le Pakistan et Oman figurent notamment parmi les États visés.

Le Maroc, en revanche, n’apparaît pas sur cette liste. Depuis le rétablissement de ses relations diplomatiques avec Israël en décembre 2020, le Royaume appartient à la catégorie des pays dont les ressortissants restent autorisés à assurer ces liaisons. Un salarié possédant la double nationalité franco-marocaine n’est donc pas concerné par cette interdiction au seul motif de sa nationalité marocaine.

Cette distinction provoque une polémique en France, où les syndicats dénoncent une différence de traitement entre salariés exerçant les mêmes fonctions et disposant des mêmes qualifications professionnelles.

Air France sous le feu des critiques pour discrimination

La directive a été adoptée par Israël après un grave incident survenu le 30 septembre à bord d’un avion de Flydubai reliant Dubaï à Tel-Aviv. Selon les autorités émiraties et israéliennes, un copilote omanais aurait agressé le commandant de bord et tenté de provoquer un crash. L’appareil avait finalement été dérouté vers l’Arabie saoudite.

Le ministère israélien des Transports a ensuite transmis ses nouvelles exigences aux compagnies aériennes étrangères. Air France a prévenu ses salariés que leur non-respect pourrait entraîner des sanctions. La direction explique être « tenue de se conformer aux règles d’admission » établies par les pays qu’elle dessert.

La CGT conteste vivement cette position. Le syndicat juge la mesure « particulièrement grave et inacceptable », estimant qu’elle contrevient aux principes français de non-discrimination. Le syndicat de pilotes Alter s’est également opposé à un dispositif qui aurait conduit les salariés concernés à déclarer eux-mêmes leur seconde nationalité. Cette procédure a finalement été abandonnée par la direction.

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La controverse pourrait désormais se déplacer sur le terrain judiciaire. Interrogée par Al Jazeera le 13 octobre, l’avocate française Clara Gandin estime que l’exclusion de salariés de certaines rotations sur le seul critère de leur nationalité constitue une discrimination directe, même sans perte de salaire.

Air France confirme appliquer les nouvelles restrictions israéliennes et avoir informé son personnel. La compagnie doit ainsi composer avec deux exigences potentiellement contradictoires : les conditions imposées par Israël pour accéder à son espace aérien et les règles françaises protégeant les salariés contre les discriminations fondées sur leur nationalité.