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Driss Jettou et le cabinet Monitor préparent « la vision 2020 »

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17 juillet 2007 - 00h51 - Maroc

Annoncée et reportée à plusieurs reprises, la déclaration du Premier ministre Driss Jettou devant le Parlement devrait vraisemblablement intervenir dans le courant de la semaine prochaine, ou, au plus tard durant la semaine suivante, clôturant ainsi officiellement la législature 2002-2007, conformément à une tradition désormais bien établie.

C’est d’ailleurs cette tradition, empêchant que les élus de la Nation poursuivent leurs travaux après le discours-bilan d’un Premier ministre, qui explique les reports successifs d’un exercice auquel, selon nos sources, M. Driss Jettou est d’ores et déjà fort bien préparé. Mais, les prochains et derniers jours de l’actuelle session parlementaire seront prioritairement consacrés à l’adoption définitive de projets de loi auxquels Driss Jettou et son équipe tiennent particulièrement. C’est ainsi, par exemple, que les efforts et la patience d’un ministre comme Karim Ghellab, soutenu d’ailleurs avec constance par le « Premier », seront récompensés par la présentation devant la Chambre du projet de Code de la Route avant la clôture de la session, ainsi d’ailleurs que le projet de loi sur la déclaration de patrimoine, si contesté par les Conseillers qui viennent pourtant de l’adopter en commission.

M. Jettou ne rendra donc pas son tablier sans l’introduction de ces deux textes dans l’arsenal juridique national et chacun se félicitera de cette volonté, tant ils paraissent importants pour, d’une part, la réduction des tragédies que connaissent nos routes et d’autre part, de nouvelles avancées dans la transparence et la gouvernance publiques.

Monitor et feuille de route

L’autre raison, cependant, des reports du « discours d’adieu » de M. Jettou est, sans nul doute, moins connue et tient à la réalisation d’une dernière mission collective, celle de la constitution d’une feuille de route destinée à l’équipe gouvernementale qui prendra le relais dans les semaines qui suivront les élections de septembre prochain. En effet, l’actuel gouvernement, qui a longtemps penché pour l’option d’un bilan « interne », faisant plancher les cabinards des différents départements pendant de longues semaines depuis plusieurs mois, a changé d’optique et d’option. Comprenant qu’un « regard extérieur » serait fort approprié, l’équipe Jettou a confié à un cabinet américain, Monitor, spécialisé dans le « benchmarking pays et la classification des objectifs de développement » le soin de présenter un document sur les prochaines grandes étapes et les principaux objectifs de la prochaine législature.

Mais, il ne s’agit nullement d’une démarche similaire à celle qui avait prévalu avec Mac Kinsey et le Plan Émergence. Cette fois-ci, ce sont les réalisations, les propositions et les perspectives de développement évaluées par les équipes ministérielles qui ont servi de trame et de base essentielle à la réalisation de ce document qui a été réalisé en Arabe, Français et Anglais et dont la mouture finale aurait été validée en fin de semaine dernière. Il permettra, selon nos sources, de retracer les différentes articulations de l’incontestable success story du gouvernement Jettou entre 2002 et 2007, mais aussi de placer toutes ces avancées et tous les objectifs à réaliser par rapport à des critères de classement et de positionnement internationaux.

On peut d’ailleurs estimer, sans trop s’avancer, que la philosophie générale du rapport de Monitor servira comme document d’appui à M. Driss Jettou dans le discours devant le Parlement, sachant que le Premier ministre, dont chacun reconnaît aujourd’hui le rôle, aura surtout le désir de tracer les perspectives et les objectifs du Maroc 2007-2012 plutôt que de dresser l’inventaire exhaustif des réalisations accomplies.

C’est une telle préoccupation, assurément, qui aura imposé la démarche externe avec le cabinet Monitor, sachant que depuis quelque temps déjà, ministres et partis politiques de la majorité se sont amplement servis dans l’arsenal des progrès accomplis pour alimenter leurs ambitions et propos électoraux.

M. Jettou, qui doit s’estimer satisfait, aurait, dit-on, l’ambition de prouver que grâce à l’action gouvernementale, résolument appliquée à concrétiser les orientations et les recommandations de SM le Roi, le Maroc a atteint désormais un nouveau palleir. Le pays est passé donc en « division supérieure », lequel niveau de développement et de performances en termes de croissance, de maîtrise des grands équilibres, de capacités de financement et d’investissement, lui permet amplement désormais d’énoncer des objectifs extrêmement ambitieux pour l’avenir. Cette assurance et cette conviction ne sont d’ailleurs pas subjectives puisque les données recueillies par le cabinet Monitor et les comparaisons faites avec d’autres pays étayent cette nouvelle vision du Maroc d’aujourd’hui et de demain.

La vision 2020

Cette approche, que l’on appellera « Vision 2020 », s’appuie d’abord sur des constats, celui des progrès accomplis dans de nombreux domaines tout au long des cinq dernières années et qui constituent le « bilan de l’équipe Jettou ».

Rappelons-nous par exemple qu’il y a cinq ans, la BNDE menaçait faillite, tout comme le CIH d’ailleurs, tandis que les terres de la Sodea-Sogeta étaient quasiment en jachère, que leurs salariés coûtaient des milliards à l’Etat, alors que ce dernier devait plus de 11 milliards de dirhams d’arriérés à la CMR et que les entreprises publiques, exsangues, « pompaient » le Trésor à grands coups de subventions…

Le CIH, recapitalisé désormais, est une banque assainie et prospère. La BNDE a été liquidée au prix d’un effort financier conséquent de l’Etat. Les terres de la Sodea-Sogeta ont été louées aux privés. Leurs salariés, indemnisés, ont été réembauchés par ceux-ci. Quant aux grandes entreprises publiques, « dégraissées », (20 000 départs volontaires en 5 ans !), elles investissent plus de 40 milliards de dirhams par an et constituent le fer de lance de la politique de grands travaux de l’Etat avec le Fonds Hassan II !

Tandis qu’on construisait 40 kilomètres d’autoroutes par an en 2002, plus de 800 Kms auront été réalisés à la fin de 2007, tandis que 560 autres kilomètres sont en cours de réalisation, de Marrakech à Agadir, de Tétouan à Fnidek, de Tanger à son nouveau port, etc.

Les logements sociaux connaissaient un rythme de production de 30 000 par an quand on en construit aujourd’hui 140 000 ! Et si le Plan Azur connaît ses premières réalisations, ce sont plus de 60 000 nouveaux lits qui auront été mis à la disposition de l’industrie du tourisme en cinq années.

Voilà pourquoi, avant de céder la place, l’équipe Jettou propose pour 2020, une ambition plus conséquente que la précédente, planifiant des réformes et des investissements d’une autre génération, tels la construction de centrales nucléaires, la mise en place de lignes ferroviaires pour le TGV, l’accélération des programmes autoroutiers et de grandes infrastructures, etc. Driss Jettou et ses « boys », qui auront bénéficié jusqu’au bout du soutien bienveillant et attentif du Souverain, proposeront également d’autres mesures. On citera, de façon non exhaustive, l’accroissement de la production d’énergie électrique, (alors que la hausse annuelle de la consommation s’établissait en 2002 entre 2 % et 5 %, elle atteint désormais 10 % !), la construction d’une cimenterie par année pour faire face aux besoins de développement multiformes du pays et la mise en route d’une centrale électrique de 600 mégawatts par an durant la prochaine décennie !

La vision 2020, dont les principales recommandations ont été validées par le spécialiste américain Monitor, sera donc, selon nos sources, le fondement du discours de M. Jettou, qui dressera le bilan politique de l’action gouvernementale, mettra en exergue certains des chiffres les plus probants des progrès accomplis, mais, essentiellement, s’efforcera de dessiner les nouvelles ambitions et les grands défis qui feront l’actualité de la législature 2007-2012.

Des lacunes, échecs, insuffisances et autres problèmes auront sans nul doute émaillé le parcours du gouvernement Jettou, mais, c’est à la classe politique et à l’opinion publique qu’il appartiendra de les énoncer, sachant que nul autre équipe que celle-ci aura, de mémoire de Marocain, accompli meilleur parcours en cinq ans !

Qui est Monitor ?

Monitor, (en français Le Moniteur), est un cabinet international, d’origine américaine, spécialisé dans le conseil en développement et en croissance, dédié à la présentation d’analyses et de solutions globales aux grandes entreprises, aux multinationales et aux gouvernements.
Fondé en 1983 par le professeur Michael Porter, de Harvard, Monitor travaille à travers pratiquement toutes les industries et dans toutes les régions de la planète.

Le cabinet, qui dispose de plus de trente bureaux à travers le monde, propose à ses clients des idées et des solutions innovantes pour, selon la littérature du cabinet présentée sur son site Internet, leur permettre de « doubler leurs taux de croissance ».

Disposant de 1.500 personnes et d’une expérience dans pratiquement chaque secteur industriel, Monitor affirme apporter une « expertise étendue » à ses clients.

Les bureaux de Monitor se trouvent à Amsterdam, Pékin, Cambridge, Chicago, Madrid, Manille, Milan, Moscou, Mumbai, Munich, New York
Palo Alto, Dubaï, Francfort, Hong Kong, Johannesburg, Londres, Los Angeles, Paris, San Francisco, São Paulo, Séoul, Shanghai, Singapour, Tokyo, Toronto et Zurich.

Selon nos sources, le gouvernement aurait demandé « en urgence » l’accompagnement de Monitor pour son « programme-bilan-feuille de route », mission qui aurait été rapidement mise en route et terminée la semaine dernière.

Fonds commun programmatique

Nombreux sont les citoyens qui ont remarqué que les programmes électoraux des partis politiques se ressemblaient furieusement. À quelques décimales, quelques millions de dirhams, et quelques nuances près, ce sont les mêmes promesses qui sont faites, de gauche à droite (et même au-delà) pour la législature 2007-201é en termes d’emplois, de croissance, de réalisations de grands chantiers d’infrastructure, d’avancées sociales. La raison de cette « proximité » programmatique, est que les partis de la coalition gouvernementale, (mais aussi les autres qui ont reçu le « document »), ont largement puisé dans un « fonds commun », celui réalisé par les départements ministériels, les services de la Primature et le Cabinet américain Monitor pour la « vision 2020 ».

D’aucuns regretteront cette appropriation partisane généralisée. Les plus intelligents apprécieront car les promesses des partis auront ainsi gagné en crédibilité, en consistance et en exhaustivité, pour le meilleur avenir de nos concitoyens !

Ils se rappelleront qu’il y a encore peu, nulle formation politique n’était à même de fournir aux électeurs des programmes censés et crédibles.

La Nouvelle Tribune - Fahd Yata

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