Faten travaillait dans ce cimetière de Tétouan : sa mère y entretient désormais sa tombe

- 10h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Faten Ben Omar El Azizi avait commencé à travailler dans un cimetière de Tétouan à l’âge de 12 ans. Morte en tentant de rejoindre Sebta, la footballeuse marocaine y est aujourd’hui enterrée. Sa mère continue d’y travailler et s’occupe elle-même de sa tombe.

Chaque vendredi matin, Jamila Ben Omar El Aziz s’installe devant l’entrée principale du cimetière de Tétouan. Elle y vend des branches de myrte destinées aux tombes et propose aux familles de nettoyer les sépultures contre quelques dirhams. Depuis six semaines, l’une de ces tombes porte le nom de sa propre fille.

Faten avait rejoint sa mère dans ce cimetière après la mort de son père. Elle avait alors 12 ans et avait quitté l’école pour aider sa famille. « Nous avons passé toute notre vie ensemble », raconte Jamila dans un reportage réalisé à Tétouan par la taz.

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En dehors du cimetière, Faten vivait pour le football. Elle avait joué plusieurs années avec le Moghreb Atlético Tétouan dans le championnat régional féminin, avant de rejoindre l’Ittihad Tanger. Chaque dimanche, elle parcourait les 60 kilomètres séparant Tétouan de Tanger pour s’entraîner.

Mais le football ne lui permettait pas de vivre. Les primes n’étaient versées qu’en cas de victoire et Faten continuait donc de travailler avec sa mère. L’argent gagné lors des matchs revenait également à la famille.

Elle retourne dans l’eau pour sa sœur

Le 30 juillet, lorsque la nouvelle d’une ouverture de la frontière commence à circuler à Tétouan, Faten décide de partir vers Sebta avec son frère Montaser, sa sœur Amira, âgée de 15 ans, et une amie. Faute de taxis disponibles, ils rejoignent Fnideq à bord d’un véhicule de livraison, comme de nombreux autres jeunes.

Montaser se dirige vers le poste-frontière. Les trois jeunes femmes gagnent la plage pour tenter de contourner par la mer le mur qui sépare le Maroc de Sebta. Faten, bonne nageuse, parvient jusqu’à un rocher. Elle aperçoit alors sa petite sœur en difficulté et retourne dans l’eau pour l’aider.

Amira atteint finalement seule la rive espagnole. Elle ne revoit pas Faten. Le corps de la jeune footballeuse sera retrouvé du côté marocain et identifié le lendemain par sa tante.

Faten ignorait encore que sa demande de visa pour l’Espagne venait d’être acceptée. Le consulat espagnol avait contacté son frère pour l’informer que son passeport pouvait être récupéré. La nouvelle est arrivée dans la famille après sa mort, quelques heures trop tard.

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Au cimetière de Tétouan, Jamila continue désormais le travail qu’elle partageait avec sa fille. Sur la tombe, les branches de myrte sont encore fraîches lorsqu’elle les retire, les retourne puis en dépose de nouvelles. Elle passe ensuite la main sur la plaque où sont gravés le nom de Faten et la date de sa mort.