Guerre du Rif : Comment le leader Abdelkrim el-Khattabi a négocié sa reddition face à l’Espagne
Il y a cent ans, la reddition d’Abdelkrim el-Khattabi marquait la fin de la guerre du Rif. Acculé par l’offensive franco-espagnole, le chef rifain a habilement négocié son exil avec la France pour échapper à la justice de Madrid.
Le 27 mai 1926, le dirigeant marocain se livre officiellement au général français Ibos dans la ville de Targuist. Face aux bombardements incessants de l’artillerie et de l’aviation des deux puissances européennes, il craignait une trahison dans ses propres rangs. Selon les informations relayées par El Debate, des émissaires de l’armée française, menés par le colonel Corap, ont violé les accords bilatéraux en pénétrant en zone espagnole. Ils lui ont secrètement promis la protection de Paris en échange d’une capitulation inconditionnelle.
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Avant cet accord, le leader avait organisé un vaste repli stratégique vers l’ouest pour rejoindre Snada, son ancien quartier général. Sa caravane impressionnante comptait ses épouses, ses enfants, ainsi qu’une escorte lourdement armée. Pas moins de 270 mulets transportaient le matériel, les vivres et un véritable trésor. Dans ces caisses résonnaient des pièces d’argent issues d’une rançon de quatre millions de pesetas, versée en 1923 par l’industriel Horacio Echevarrieta pour libérer des captifs d’Anoual.
L’opération menée dans le dos de l’Espagne a provoqué la fureur de Madrid, qui avait même bombardé Snada pour tenter d’éliminer le stratège. Les autorités espagnoles souhaitaient le juger pour la mort d’au moins 20 000 de leurs soldats et pour les conditions de détention dramatiques des prisonniers. Sur les centaines de captifs recensés, seule une centaine d’hommes affaiblis a survécu, tout blessé incapable de marcher étant systématiquement abattu. Pour éviter une exécution sommaire, la commission franco-espagnole l’a finalement envoyé sur l’île de La Réunion.
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Cet éloignement dans l’océan Indien a duré deux décennies. En 1947, estimant que l’homme de 64 ans ne représentait plus une menace, le gouvernement français décide de le transférer vers une luxueuse villa sur la Côte d’Azur. Mais le voyage prend une tournure inattendue. Lors d’une escale au port de Port-Saïd, le vieux chef réussit à débarquer et réclame l’asile politique. L’Égypte accepte sa demande et l’accueille au Caire, où Abdelkrim el-Khattabi finira ses jours en février 1963, à l’âge de 80 ans.