Après 45 ans en Italie, ce Marocain parle encore italien jusque dans les rues de Casablanca

- 18h00 - Monde - Ecrit par : Nadia El A.

Mohamed a appris l’italien en travaillant. Après 45 ans dans le pays, ce Marocain de 75 ans parle parfois italien jusque dans les rues de Casablanca, même si ses petits-enfants corrigent encore ses mots. Sa fille, la journaliste Karima Moual, raconte son parcours au moment où Rome prépare de nouvelles mesures sur la langue à l’école.

« Papa, nous sommes à Casablanca et tu parles italien ! » La scène amuse Karima Moual. Elle raconte dans La Stampa comment son père s’est adressé en italien à quelqu’un au Maroc, par habitude.

Mohamed vit en Italie depuis 45 ans. Il y a travaillé, élevé ses enfants et vu naître ses petits-enfants. Il suit la politique du pays et lit les journaux, mais garde un accent et des tournures que son petit-fils de sept ans corrige parfois.

Sa fille est arrivée en Italie à neuf ans, en 1990. Elle se souvient de parents occupés à faire vivre leur famille. Mohamed avait été scolarisé jusqu’à la fin du primaire ; son épouse Khadija ne savait alors ni lire ni écrire en arabe. Aucun des deux n’a suivi de cours d’italien. Ils ont appris la langue auprès de leurs collègues, dans les commerces et avec leurs voisins.

Un récit au cœur du débat sur l’école italienne

Le témoignage paraît alors que le gouvernement italien prépare un décret sur la maîtrise de la langue à l’école. Le ministre de l’Éducation, Giuseppe Valditara, propose de limiter à 30 % par classe la proportion d’élèves ne connaissant pas suffisamment l’italien. Le projet prévoit aussi des cours de langue obligatoires pour certains parents d’élèves étrangers rencontrant des difficultés scolaires, rapporte ANSA.

Karima Moual conteste l’idée qu’un parent parlant imparfaitement italien manquerait de volonté de s’intégrer. Son père a appris les mots dont il avait besoin là où il passait ses journées : au travail. Elle demande que les enfants de ces familles puissent, eux, grandir et étudier en Italie sans être jugés à travers les difficultés de leurs parents.