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Le Maroc et l’Espagne : Comment sortir de la crise ?

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4 décembre 2002 - 12h23 - Monde

Immigration, Sebta et Melilla, îles Jaâfarines, pêche, agriculture, drogue... sont autant de pommes de discorde qui ressortent à chaque crise entre le Maroc et l’Espagne. D’après Larbi Messari, ex-ministre de la Communication,

« les relations entre les deux pays souffrent d’un déficit dans le dialogue et de la persistance d’archaïsmes dans les perceptions croisées ». A la veille de la rencontre du 11 décembre prochain entre Ana Palacio et Mohamed Benaïssa, une conférence a été organisée jeudi 28 novembre par HEM. « Les relations maroco-espagnoles : Comment construire l’avenir ? » était le thème de la rencontre.
Depuis plus de 19 mois, les deux pays traversent une période de crise. Les relations bilatérales sont envenimées par des réactions passionnelles qui semblent prendre le dessus sur la raison. Toutefois, les rapports entre les deux monarchies sont excellents.
Les interventions des uns et des autres ont focalisé le dossier qui empoisonne les relations entre les deux pays, à savoir celui des présides marocains du nord. La salle est unanime sur l’incompréhension de l’attitude espagnole. Le Royaume ibérique, qui vit le même problème (Gibraltar) avec la Grande-Bretagne, essaie de trouver des solutions, non sans difficultés à ce problème. Mais le niet est catégorique dès qu’il s’agit du Maroc.
La question de la pêche est également considérée comme la goutte qui a fait déborder le vase. Selon Abdelali Benamour, président de HEM, « les deux pays ont essayé de défendre leurs intérêts sur ce dossier, c’est bien. Mais ils ont trop tiré sur la corde jusqu’à ce qu’elle casse ».
Alors que la voie diplomatique a semblé par moments inefficace, les sociétés civiles des deux côtés de la Méditerranée semblent plus disposées au rapprochement. Mais parfois, l’opinion publique ne facilite pas la tâche. Elle est pour beaucoup dans l’influence de chaque partie. Larbi Jaïdi, professeur-chercheur à l’Université Mohammed V, insiste beaucoup sur la prise en compte de l’opinion publique par le gouvernement ibérique.
Selon lui, « la perception de l’avenir fait désormais intervenir de nouveaux acteurs, notamment la société civile et l’opinion publique qui s’exprime à travers les images, les médias... » La question est comment agir sur l’opinion publique et ses références. D’après Jaïdi, une étude récente sur la perception et l’image du Maroc en Espagne relève beaucoup de points négatifs et de clichés. Par tranches d’âge, il y a des nuances. Pour les jeunes, le Maroc est une destination exotique où le haschich est bon marché. Pour les décideurs et médias, l’image dominante reste celle de la Marche Verte. En d’autres termes, un Maroc envahisseur qui a « récupéré des territoires historiquement espagnols ». Vient enfin le troisième âge. Chez cette population, les souvenirs de la participation des troupes marocaines dans les guerres civiles espagnoles sont encore présents. En plus de l’antagonisme religieux et l’islamisme qui est pointé du doigt surtout après les événements du 11 septembre.
Dans l’ensemble, une image assez négative et pleine de clichés. Les médias et la presse espagnols à leur tour n’arrangent pas les choses. Andreu Claret Serra, directeur de l’Institut européen de la Méditerranée, reconnaît que la perception du Maroc n’est pas toujours bonne en Espagne. Et d’ajouter : « La presse est souvent désagréable envers le Maroc. Le ton est parfois méprisant. Mais il ne faut pas mettre cela sur le dos du gouvernement espagnol ».
Pour Jaïdi, le Maroc devrait élaborer une politique globale de communication pour redresser l’image auprès de l’opinion publique espagnole. Pour Serra, plus de 250.000 Marocains vivent en Espagne. Dans les dix prochaines années, ils seront un demi million à vivre dans le royaume ibérique. C’est par cette communauté-là qu’il faut commencer le travail.

Amin RBOUB pour l’éconimiste

Mots clés: Espagne , Ceuta (Sebta) , Melilla

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