Londres : le calvaire de Rami, diplômé marocain en économie devenu livreur sans-abri
Une enquête glaçante dévoile la réalité effroyable d’une nouvelle classe de sans-abri à Londres : les livreurs de repas. Parmi eux, Rami, un jeune Marocain diplômé en économie, témoigne de sa descente aux enfers dans les rues de la capitale britannique.
Sous les gratte-ciel scintillants du centre de Londres, un campement de fortune passe presque inaperçu. Des tentes alignées, des chaises pliantes cabossées et des vélos accrochés aux grilles, équipés des célèbres sacs isothermes. C’est ici que survivent des livreurs contraints de dormir dehors, leurs revenus ne leur permettant plus de louer la moindre chambre. Ce phénomène tragique a été documenté de l’intérieur par le journal britannique Daily Mail, qui a passé plusieurs semaines à leur rencontre.
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Au cœur de cette face sombre de l’économie de la livraison, la journaliste a rencontré Rami, 27 ans. Son profil tranche avec les clichés : originaire du Maroc et diplômé en économie d’une université internationale, il est arrivé légalement au Royaume-Uni en 2021. « J’étais tellement ambitieux quand je suis arrivé. Je suis venu ici pour être riche, pour être un grand homme d’affaires. Maintenant, je suis un sans-abri », confie-t-il, les larmes aux yeux. Par honte, il n’a jamais avoué sa situation à sa famille restée au Maroc.
Pour survivre, le jeune homme travaille entre 70 et 90 heures par semaine. Payés à la course (parfois à peine 2,80 livres) et non à l’heure, les livreurs subissent de plein fouet la baisse des tarifs depuis la fin de la pandémie. Lors des journées creuses, Rami peut gagner à peine 15 livres pour quatre heures passées dans le froid. À cette précarité s’ajoutent les frais incompressibles liés à son activité : location quotidienne d’un vélo électrique (environ 50 livres par semaine), forfait téléphonique, et achat de ses propres sacs de livraison (25 livres l’unité).
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Face à cette détresse, les géants du secteur (Deliveroo, Uber Eats, Just Eat) défendent leur modèle. Ils mettent en avant la flexibilité du statut d’indépendant et assurent que la majorité de leurs coursiers gagnent plus que le salaire minimum légal pendant le temps effectif d’une course. Un discours qui se heurte à la réalité du terrain : dans les soupes populaires de l’est londonien, environ 20 % des bénéficiaires sont désormais des livreurs en uniforme, venant chercher un repas chaud après avoir livré des plats gastronomiques toute la journée.