Marocains des Pays-Bas : les vacances au Maroc ne sont plus ce qu’elles étaient
Longtemps, le retour au Maroc a été le grand rendez-vous de l’année pour de nombreuses familles marocaines installées aux Pays-Bas. Mais avec les générations, ce voyage a changé de sens.
Pendant des décennies, les vacances au bled ont été bien plus qu’un simple séjour d’été. Pour les premiers travailleurs marocains installés aux Pays-Bas, elles représentaient le retour attendu vers la famille, le village, les souvenirs et le pays quitté pour travailler. Toute l’année, on économisait pour pouvoir prendre la route, souvent en famille, parfois avec plusieurs voitures qui se suivaient jusqu’au Maroc.
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L’étude Migranten met Marokkaanse afkomst, land van herkomst en toekomst (Migrants d’origine marocaine, pays d’origine et avenir), menée par Rasit Bal et Dick de Ruijter, rappelle à quel point ce lien était concret pour la première génération. Les travailleurs marocains restaient attachés à leur famille d’origine par les transferts d’argent, les lettres, les cassettes audio, l’achat de terrains, la construction d’une maison et, bien sûr, les vacances annuelles au Maroc. Un témoin cité dans l’étude raconte que ce voyage était “le moment fort de l’année”.
Le Maroc, un retour de moins en moins évident
Avec le regroupement familial, puis l’installation durable aux Pays-Bas, cette relation a commencé à changer. Les familles devaient désormais vivre et se construire aux Pays-Bas. L’argent envoyé au Maroc a diminué, car il fallait aussi entretenir le foyer installé en Europe. Selon l’étude, cette évolution a eu un effet direct sur le nombre de voyages effectués vers le pays d’origine.
Le changement ne s’est pas fait d’un seul coup. Pour beaucoup de familles, le Maroc est longtemps resté “la maison”. L’un des témoignages résume cet état d’esprit : on travaillait et on vivait aux Pays-Bas, mais l’été, on retournait “à la maison”. Mais à partir des années 1990, l’étude observe un affaiblissement progressif du lien avec la région d’origine et la famille restée au Maroc. La vie quotidienne, les enfants, le travail et les attaches sociales se sont de plus en plus déplacés vers les Pays-Bas.
Cette évolution a aussi touché les anciens, ces Marocains qui faisaient régulièrement l’aller-retour entre les Pays-Bas et le Maroc. Avec l’âge, ces voyages sont devenus plus difficiles. Dans les villages d’origine, les proches et les amis de leur génération ont peu à peu disparu. Le retour ne retrouvait plus toujours les visages, les relations et les repères d’autrefois.
Des vacances plus libres, mais moins familiales
Pour les générations suivantes, vacances au Marocaroc n’ont pas disparu, mais elles ne répondent plus toujours à la même logique. Le voyage n’est plus nécessairement centré sur le village familial ou les obligations envers la famille élargie. Certains Marocains des Pays-Bas disent continuer à saluer la famille, mais ne plus vouloir passer toutes leurs vacances avec elle. L’étude cite un témoignage dans lequel un homme explique que sa famille, aujourd’hui, ce sont surtout sa mère, sa femme et ses enfants, aux Pays-Bas.
Le rapport au Maroc devient alors plus personnel, parfois plus touristique. Les nouvelles générations, souvent plus à l’aise économiquement que leurs parents ou grands-parents, ne se limitent plus au village d’origine. Elles peuvent visiter les grandes villes, choisir leurs destinations et vivre le Maroc autrement.
Chez les petits-enfants, le lien avec le village ou la région d’origine s’éloigne encore davantage. Selon l’étude, les souvenirs du Maroc sont surtout transmis lors des moments familiaux, à travers les récits des grands-parents sur la pauvreté, le départ et les raisons de l’exil. Mais pour cette troisième génération, les anciennes attaches pratiques avec le pays d’origine ont largement été remplacées par les liens construits aux Pays-Bas : la famille qui y vit, les amis, le quartier, la ville et la vie quotidienne.
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Le Maroc garde donc une place importante, mais différente. Il reste un pays d’origine, un symbole familial et culturel, parfois ravivé lors des mariages, des naissances, des décès ou des grandes fêtes. Mais les vacances au Maroc ne sont plus forcément ce qu’elles étaient : moins obligatoires, moins centrées sur le village, moins liées au devoir familial, et davantage vécues comme un choix personnel.