Marocains des Pays-Bas : beaucoup veulent partir, mais pas seulement à cause du racisme
Chez une partie des jeunes Marocains des Pays-Bas, l’idée de quitter le pays gagne du terrain. Le malaise politique et social joue un rôle important, mais l’étude montre aussi une autre réalité : partir est devenu plus facile, plus international et parfois plus professionnel qu’autrefois.
Le sujet est sensible, car il touche à une question profonde : pourquoi des jeunes nés ou élevés aux Pays-Bas envisagent-ils de construire leur avenir ailleurs ? Dans l’étude Migranten met Marokkaanse afkomst, land van herkomst en toekomst (Migrants d’origine marocaine, pays d’origine et avenir), Rasit Bal et Dick de Ruijter racontent le cas d’une personne qui, après les attentats du 11 septembre, puis les périodes Fortuyn et Van Gogh, s’était demandé ce qu’elle faisait encore aux Pays-Bas. En 2025, le malaise n’a pas disparu, mais une différence majeure apparaît : elle estime désormais avoir le choix. Elle cite la Malaisie, Dubaï, le Maroc, et rappelle qu’elle parle plusieurs langues.
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L’étude rapporte aussi le témoignage d’une personne impliquée dans une réunion destinée à des personnes souhaitant émigrer vers le Maroc. Le billet d’entrée coûtait 250 euros et l’événement aurait été complet en une journée. Un mois plus tard, la même chose se serait reproduite. Selon ce témoignage, les participants évoquaient surtout le climat politique et social aux Pays-Bas, avec le sentiment d’avoir fait des efforts pour être Néerlandais, sans être pleinement acceptés comme tels.
Le sentiment de rejet reste très présent
L’étude ne minimise pas le poids de la discrimination. Elle cite notamment une enquête réalisée en 2025 par l’Opiniehuis sur les attentes d’avenir des jeunes musulmans aux Pays-Bas. Parmi les visiteurs interrogés à la Ramadan Beurs d’Utrecht, les jeunes maroco-néerlandais étaient particulièrement nombreux à dire vouloir quitter les Pays-Bas : 84 % d’entre eux déclaraient envisager un départ. La même enquête indiquait que 46 % de ce groupe se sentait en insécurité aux Pays-Bas, en évoquant l’islamophobie, la discrimination, le deux poids deux mesures et l’exclusion.
Ces chiffres doivent être lus avec prudence, car ils concernent un public précis, celui des visiteurs d’un événement musulman, et non l’ensemble des Marocains des Pays-Bas. Mais ils traduisent une tendance que les auteurs retrouvent aussi dans les entretiens : chez une partie des jeunes générations, le sentiment de ne pas être pleinement reconnu comme Néerlandais nourrit l’idée d’un départ.
Ce malaise pose une question directe : l’intégration a-t-elle vraiment une fin ? L’étude souligne que des personnes nées ou élevées aux Pays-Bas continuent parfois d’être renvoyées à leur origine. Elles ont grandi dans la société néerlandaise, y ont étudié, y travaillent, mais peuvent encore se sentir considérées comme extérieures.
Partir n’est plus forcément revenir au pays
Mais l’intérêt de l’étude est justement de montrer que le départ ne s’explique pas uniquement par le rejet. Les auteurs insistent sur un autre facteur : les nouvelles générations ont plus de choix que leurs parents ou grands-parents. Elles sont plus diplômées, plus mobiles, plus connectées et peuvent envisager l’étranger autrement.
Pour les premiers travailleurs marocains, partir aux Pays-Bas était d’abord une nécessité économique. Ils quittaient le Maroc pour trouver du travail et aider leur famille. Pour leurs descendants, le mouvement peut être inverse, mais il ne correspond pas toujours à un simple “retour”. Le Maroc devient parfois une option parmi d’autres, au même titre que Dubaï, la Malaisie ou d’autres destinations.
L’étude explique que lorsque les perspectives de carrière dans le pays d’origine deviennent comparables à celles des Pays-Bas, l’argument du départ devient plus facile à assumer. Il dépasse alors la seule question de la religion ou de la discrimination. Pour certains jeunes professionnels, notamment dans les métiers liés au numérique, il est désormais possible de travailler depuis presque n’importe où avec un ordinateur. Un répondant résume cette différence avec la génération précédente : son père, carrossier et chauffeur routier, devait être physiquement présent aux Pays-Bas pour travailler. Avec le travail en ligne, la liberté de choix a augmenté.
Le Maroc devient une option de vie
Dans ce nouveau contexte, le Maroc change de statut. Il n’est plus seulement le pays des parents, des vacances ou de la famille élargie. Il peut aussi devenir un pays où vivre, travailler et gagner sa vie. L’un des témoins cités dans l’étude dit qu’il peut désormais voir le Maroc comme un pays où il est possible de s’installer et de “gagner son pain”.
Cette évolution ne signifie pas que les jeunes Marocains des Pays-Bas rompent avec la société néerlandaise. Elle montre plutôt une identité plus mobile et plus personnelle. Beaucoup ne raisonnent plus uniquement en termes de fidélité à un seul pays. Ils peuvent se sentir néerlandais, marocains, musulmans, européens ou internationaux selon les contextes.
L’étude parle d’une identité plus flexible, dans laquelle l’origine marocaine n’est plus vécue comme une appartenance fermée, mais comme une composante que chacun interprète à sa manière. Le lien avec le Maroc devient plus symbolique, plus personnel, parfois plus pratique aussi, lorsqu’il ouvre une possibilité de vie ou de carrière.
Sur Bladi.net : Nés aux Pays-Bas, mais toujours renvoyés à leurs origines marocaines
Le départ envisagé par certains Marocains des Pays-Bas ne doit donc pas être lu uniquement comme un rejet des Pays-Bas, ni comme un simple retour aux origines. Il traduit aussi une époque où les jeunes générations comparent les opportunités, les climats sociaux et les modes de vie. Le racisme, l’islamophobie et l’exclusion pèsent lourd. Mais ils ne disent pas tout. Pour beaucoup, partir n’est plus seulement fuir : c’est choisir.