Maroc, Dubaï, Malaisie : ces jeunes Marocains prêts à quitter les Pays-Bas
Une partie des jeunes Marocains des Pays-Bas ne regarde plus seulement vers le Maroc comme pays des vacances ou des racines. Face au climat politique et social néerlandais, certains envisagent désormais de construire leur avenir ailleurs.
Dans l’étude Migranten met Marokkaanse afkomst, land van herkomst en toekomst — Ontwikkelen van verbondenheid en identificatie — Migrants d’origine marocaine, pays d’origine et avenir — Développement du sentiment d’appartenance et de l’identification — les auteurs Rasit Bal et Dick de Ruijter analysent l’évolution du lien des Marocains des Pays-Bas avec le Maroc et la société néerlandaise. Publié à La Haye en février 2026, ce travail montre un phénomène sensible : l’envie de départ chez une partie des jeunes générations.
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L’étude s’ouvre sur un témoignage révélateur. Une personne interrogée explique qu’après les attentats du 11 septembre, puis les années marquées par Pim Fortuyn et Theo van Gogh, elle s’était demandé ce qu’elle faisait encore aux Pays-Bas. À l’époque, son seul autre horizon semblait être le Maroc. En 2025, dit-elle, le malaise n’a pas disparu, notamment avec un « gouvernement PVV », mais la différence est qu’elle a désormais plus d’options : la Malaisie, Dubaï ou d’autres pays où vivent déjà des amis.
Les auteurs citent aussi une réunion organisée pour des personnes souhaitant émigrer au Maroc. Le ticket d’entrée coûtait 250 euros et l’événement aurait été complet en une journée. Un mois plus tard, une nouvelle réunion aurait connu le même succès. Selon l’un des témoignages repris dans l’étude, les participants évoquaient surtout le climat politique et social aux Pays-Bas, avec le sentiment d’avoir fait des efforts pour être Néerlandais, sans être pleinement acceptés.
Partir au Maroc, ou simplement partir
Ce désir de départ ne signifie pas forcément que tous veulent retourner au Maroc. C’est l’un des points importants de l’étude. Pour les premières générations, le Maroc représentait souvent le pays du retour, celui de la famille, du village, de la maison construite ou rêvée. Pour les jeunes générations, la logique est différente : le Maroc devient une option parmi d’autres.
L’étude cite ainsi des jeunes Marocains néerlandais qui envisagent leur avenir dans un monde plus large. Le Maroc peut être une destination possible, mais Dubaï, la Malaisie ou d’autres pays entrent aussi dans l’équation. La mondialisation, les langues parlées et le travail en ligne rendent ce choix plus réaliste qu’autrefois.
Les auteurs rappellent notamment que certains métiers permettent aujourd’hui de travailler avec un simple ordinateur portable depuis presque n’importe où. Un témoin compare cette liberté à la situation de son père, ouvrier et chauffeur, qui devait rester physiquement aux Pays-Bas pour travailler. Pour cette nouvelle génération, le départ peut donc être à la fois une réaction au malaise néerlandais et une opportunité personnelle.
L’étude cite aussi une enquête de l’Opiniehuis menée en 2025 auprès de visiteurs de la Ramadan Beurs à Utrecht. Selon cette enquête reprise par les auteurs, 84 % des jeunes Marocains néerlandais interrogés disaient vouloir quitter les Pays-Bas. Le même passage indique que 46 % de ce groupe déclarait ne pas se sentir en sécurité aux Pays-Bas, en évoquant notamment l’islamophobie, la discrimination, le double standard et l’exclusion.
Mais Rasit Bal et Dick de Ruijter nuancent cette lecture. Le départ n’est pas seulement une fuite. Il peut aussi être le signe d’une génération plus mobile, plus éduquée, plus internationale, qui ne veut plus être enfermée dans une seule appartenance. Pour certains, quitter les Pays-Bas ne signifie pas rejeter ce pays, mais chercher ailleurs une vie où leur identité marocaine, musulmane, néerlandaise ou internationale sera moins constamment discutée.
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Le phénomène raconte donc quelque chose de plus profond : une partie des Marocains des Pays-Bas ne se demande plus seulement comment être acceptée dans la société néerlandaise. Elle se demande aussi où elle pourra construire sa vie avec le plus de liberté. Le Maroc redevient alors une possibilité, mais pas comme dans le passé. Il n’est plus seulement le pays du retour des parents. Il devient une option parmi plusieurs destinations possibles pour une génération qui regarde désormais au-delà des frontières néerlandaises.