Marseille : le caïd voulait faire passer l’or par valise diplomatique au Maroc
À la tête du réseau de la Castellane à Marseille, Mohamed Djeha a bâti un empire financier. Pour blanchir ses millions, le caïd a tenté d’organiser un vaste trafic d’or depuis le Maroc en utilisant une valise diplomatique.
L’ampleur de la corruption orchestrée par ce réseau, baptisé « l’Empire », dépasse largement les frontières françaises. Les investigations de la police judiciaire, facilitées par le piratage de la messagerie cryptée Exclu, ont mis au jour une tentative de blanchiment internationale particulièrement audacieuse. Le clan a cherché à corrompre un haut fonctionnaire à la sécurité des Comores, détenteur d’une précieuse valise diplomatique. L’objectif de Mohamed Djeha, alias « Mimo », était de se servir de cette immunité pour faire « voyager du Maroc avec de l’or » en direction de la Turquie. Pour convaincre cet intermédiaire, le caïd promettait une rémunération de 15 000 euros par opération, en prenant à sa charge les frais d’avion et d’hôtel.
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Ce recours rocambolesque à la route marocaine illustre l’urgence de blanchir des montagnes d’argent liquide. Le quartier marseillais de la Castellane, considéré comme le plus gros point de vente de drogue en France, génère des bénéfices hallucinants. D’après les calculs des magistrats basés sur les feuilles de compte méticuleuses du réseau, l’organisation engrange un chiffre d’affaires annuel dépassant les 40 millions d’euros. Entre 2022 et 2025, le cumul des revenus illicites de ce trafic tentaculaire s’élèverait à près de 140 millions d’euros, rendant indispensable la création de filières d’écoulement internationales.
La valise diplomatique n’est que la face émergée d’une corruption systémique et institutionnalisée, souligne Le Parisien. Surnommé « Vito Corleone » en référence au célèbre parrain de la mafia, le baron de la drogue déploie sa force de frappe financière pour acheter des complicités à tous les échelons. Le réseau s’appuie sur des douaniers, des dockers et même des policiers pour sécuriser ses importations ou anticiper les coups de filet. L’infiltration va jusqu’au cœur des organismes publics, le clan parvenant même à soutirer des renseignements confidentiels à la Sécurité sociale pour traquer la famille d’un rival.
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Malgré ce faisceau de preuves accablantes, la tête pensante de ce syndicat du crime échappe toujours à la justice française. Officiellement incarcéré en Algérie depuis son arrestation en juin 2023, Mohamed Djeha aurait conservé sa capacité à diriger ses troupes et à superviser sa logistique depuis sa cellule. Face au refus d’extradition d’Alger, les magistrats marseillais espèrent l’ouverture d’une enquête « miroir » sur le sol algérien. L’enjeu est de le voir jugé et condamné sur place afin de sectionner définitivement le cordon qui le relie à ses affaires lucratives et à ses réseaux de blanchiment.