Maroc-France : un milliard d’euros blanchis et des policiers achetés
La justice française a démantelé une gigantesque organisation criminelle dirigée depuis le Maroc. Ce réseau tentaculaire a blanchi plus d’un milliard d’euros d’argent sale et corrompu des policiers pour obtenir des informations confidentielles.
À la tête de cette structure se trouve Lahoucine A. S., un homme d’affaires installé au Maroc. Selon les enquêteurs, son organisation a fonctionné de manière quasi industrielle pour blanchir plus d’un milliard d’euros sur la dernière décennie, dont 319 millions entre 2019 et 2025. Le système reposait sur un mécanisme de compensation croisant les espèces issues du narcotrafic et des virements d’entreprises justifiés par de fausses factures. Les fonds transitaient ensuite par des sociétés fantômes, notamment au Moyen-Orient.
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Cette puissance financière a permis de gangrener les institutions françaises en achetant les services de deux policiers en activité, récemment mis en examen et écroués. L’Office national antifraude a révélé que ce pacte de corruption offrait aux trafiquants un accès direct à des données policières sensibles. Les malfaiteurs cherchaient à anticiper les investigations en cours pour échapper aux mailles du filet judiciaire.
Le brigadier-chef Johnny B., affecté à la lutte antidrogue en Martinique, constituait la pièce maîtresse de cette infiltration. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) l’a démasqué grâce à un fichier Excel saisi chez la comptable du réseau, détaillant des recherches facturées 500 euros l’unité. L’agent a ainsi consulté illégalement des fichiers stratégiques pour se renseigner sur d’importants narcotrafiquants, dont des membres de la DZ Mafia ou le caïd marseillais « Mimo ».
Placé en garde à vue, le fonctionnaire a avoué avoir rencontré Lahoucine A. S. dès 2017 à Toulouse. En échange de près de 200 000 euros perçus en espèces ou en cryptomonnaies, il livrait des captures d’écran des fichiers judiciaires. Conscient de ses actes, il a admis ses fautes aux enquêteurs : « À partir de là, c’est l’engrenage, il a commencé à me demander de faire des recherches sur lui-même, sur sa famille, sur des tiers ». Un second policier, Ryad A., a également reconnu avoir rendu des services similaires.
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Ce vaste circuit occulte a profité à des délinquants de premier plan et à des milliers de chefs d’entreprise désireux d’échapper à l’impôt, indique Le Monde. Parmi les clients présumés figure le chanteur Gims, soupçonné d’avoir utilisé cette filière pour obtenir de l’argent liquide, ce qu’il conteste fermement. De son côté, présumé innocent, l’homme d’affaires marocain n’a toujours pas été entendu par la justice française et rejette toute implication dans cette fraude.