Faut-il augmenter le prix du carburant ?

- 09h27 - Maroc - Ecrit par : L.A

Le prix du pétrole continue de flamber et nul n’est en mesure de prédire à quel moment ou à quel niveau cette « course folle » prendra fin. A 133 dollars le baril, en ce début de semaine, après un pic de 135 dollars, certains analystes n’excluent pas que le brut atteigne les 200 dollars, et l’organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), elle-même, ne voit pas ce qui pourrait infléchir les prix ou même les stabiliser à leur niveau actuel, compte tenu du fait que les causes de la surchauffe, dit-elle, sont hors de son contrôle.

Pour le Maroc, comme pour tous les pays non producteurs de pétrole, la situation, évidemment, devient de plus en plus difficile ; d’autant plus difficile que les autres matières premières, agricoles notamment, ne sont pas épargnées par la fièvre inflationniste.

2 milliards de dirhams de subventions par mois

Mais, contrairement aux pays où la hausse est répercutée sur les consommateurs - ce qui menace directement certains secteurs comme le transport, aérien en particulier et, partant, la croissance économique - le Maroc, pour le moment, sollicite davantage, pour y faire face, les caisses de l’Etat que le porte-monnaie des consommateurs.

Mais jusqu’à quand pourra-t-il le faire ? Selon des sources gouvernementales, à 150 dollars le baril, l’enveloppe destinée à la Caisse de compensation atteindrait les 40 milliards de dirhams, et le Maroc, dans cette hypothèse, ne pourrait pas ne pas répercuter la hausse, au moins partiellement, sur le consommateur.

D’ores et déjà, certaines parties prenantes du dossier ont suggéré au gouvernement de réajuster à la hausse les produits considérés comme « non stratégiques » comme le gasoil 350 PPM et l’essence super sans plomb, mais la proposition, sans être rejetée formellement, n’a pas non plus été avalisée.

Même si Nizar Baraka, ministre des affaires économiques et générales, a répété à maintes reprises que l’Etat continuera de subventionner les carburants et les autres produits de première nécessité, tout laisse penser que, le moment venu, la proposition de faire payer au moins une partie de la hausse par les consommateurs sera mise à exécution. Une chose est en tout cas sûre : avec les vacances qui arrivent et l’afflux attendu de MRE (Marocains résidents à l’étranger), la consommation de carburants va considérablement augmenter et le coût de la subvention d’autant.

Il faut savoir en effet que, depuis le début de l’année, et jusqu’au mois d’avril, la subvention des produits pétroliers se monte à près de 2 milliards de dirhams par mois. A partir du mois de mai, le montant passe à 2,5 milliards de dirhams par mois ; et si l’envolée du brut continue, la facture sera évidemment encore plus lourde.

A fin mars, les arriérés de la Caisse de compensation vis-à-vis des sociétés pétrolières se montaient à 5 milliards de dirhams, dont 1,5 milliard de dirhams en cours de déblocage, selon le directeur de la caisse, Najib Benamour. « Mais, aussitôt ce 1,5 milliard débloqué, 2,5 milliards viendront remettre le compteur à son niveau initial, et même un peu plus », confie un opérateur de la distribution.

Bien sûr, avec les 800 millions de dollars (environ 6 milliards de dirhams) de don octroyés par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, ainsi que l’excellent comportement des recettes fiscales, le budget est relativement soulagé. Mais n’oublions pas que celui-ci est bâti sur l’hypothèse d’un baril à 75 dollars, alors que le prix moyen de ce même baril, sur les quatre premiers mois de cette année, a grimpé à 103 dollars, contre 72,5 dollars pour l’ensemble de l’année 2007.

Une nouvelle structure des prix en janvier 2009

Les chiffres de l’Office des changes sont à cet égard éloquents. Sur le premier trimestre de 2008, les importations de pétrole brut se sont appréciées, en valeur, de 68,9% par rapport à la même période de 2007, soit 8,14 milliards de dirhams contre 4,82 milliards de dirhams au premier trimestre 2007. Pourtant, précise-t-on à l’Office des change, le volume, lui, n’a pas beaucoup augmenté : + 9,3% seulement (soit 132.000 tonnes en plus).

Normal quand le prix moyen de la tonne importée s’est renchéri de 54,5%, passant de 3387 dirhams la tonne à 5232 dirhams la tonne entre les deux périodes considérées. Et si on y ajoute les autres produits énergétiques (gasoil, fioul, gaz de pétrole, etc.) la facture grimpe à 15,18 milliards de dirhams, soit le second poste des importations, après les demi-produits (15,5 milliards de dirhams).

Ces évolutions produisent un double impact : un creusement du déficit commercial, lequel impacte négativement le compte des transactions courantes et, in fine, la balance des paiements, et un alourdissement des charges sur le budget de l’Etat, consécutivement à la hausse de l’enveloppe allouée aux subventions.

Face à cela, que peut faire le gouvernement ? En dehors de faire payer la hausse du pétrole par les consommateurs, ou tout au moins une partie d’entre eux (à travers le système de ciblage en cours d’étude), pas grand-chose. Une refonte de la structure des prix des carburants, comme le suggèrent certains au sein de l’administration ? Le chantier est ouvert et devrait aboutir à la fin de l’année.

Une nouvelle structure des prix est en effet en préparation et, à son aboutissement, au 1er janvier 2009, le coefficient d’adéquation (de 2,5% contre 6,5% après la privatisation de la Samir) qui permet au raffineur d’indexer ses prix sur ceux des produits raffinés de Rotterdam, devrait subir encore une baisse. Cette diminution du coefficient d’adéquation étant rendue possible par l’entrée en service de l’unité d’hydrocraking de la Samir au début de l’année prochaine et qui lui permettra de produire plus de gasoil et moins de fioul.

Ces changements auront-ils un impact sur les prix ? Sans doute. Encore faut-il que le cours du brut, s’appréciant davantage, ne vienne pas annuler le gain que devrait générer une nouvelle structure des prix ! En attendant, le Maroc est devenu un gigantesque laboratoire d’études à la recherche de gisements pétrolifères (voir pages suivantes).

Source : La vie éco - Salah Agueniou

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