Recherchés partout, ils finissent arrêtés au Maroc
Barons de la drogue, escrocs recherchés aux États-Unis, suspects de kidnappings ou fugitifs munis de faux papiers : les arrestations se multiplient au Maroc. Depuis le début de l’année, une trentaine de personnes recherchées par Interpol y auraient déjà été interceptées.
Le 11 juillet, un Allemand de 35 ans d’origine kosovare pensait simplement entrer au Maroc par l’aéroport de Casablanca. Les vérifications policières ont révélé qu’il était recherché par la justice allemande notamment pour trafic international de drogue et incendie criminel dans le cadre d’une guerre entre gangs. Ce type d’interpellation est devenu presque routinier : selon un décompte de TelQuel, une trentaine de personnes recherchées par Interpol ont été arrêtées dans le royaume depuis janvier.
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Les profils donnent une idée du niveau des personnes recherchées. Début juillet, un Indien recherché par les États-Unis pour une escroquerie présumée de plus de deux millions de dollars est tombé à Casablanca. À Martil, un Néerlandais accusé d’avoir escroqué 135 investisseurs de près de cinq millions d’euros avait été arrêté quelques mois auparavant. Dans la même ville, les policiers avaient également retrouvé l’Indonésien Michael Steven, recherché après le détournement présumé de près de 165 millions de dollars.
Le refuge devient un piège
Surtout, les opérations ne concernent plus seulement quelques prises spectaculaires. Le 8 juin, onze personnes ont été arrêtées simultanément à Marrakech et Tanger. Dix étaient recherchées par Interpol à la demande notamment de la France, de la Belgique et des Pays-Bas, dans des dossiers de trafic international de stupéfiants, blanchiment et criminalité organisée.
Certains noms avaient déjà donné un aperçu de cette efficacité. Félix Bingui, dit « Le Chat », chef présumé du clan Yoda de Marseille et alors présenté par Gérald Darmanin comme l’un des plus gros narcotrafiquants français, avait été arrêté à Casablanca en mars 2024 avant d’être extradé vers la France en janvier 2025. L’année suivante, Badiss Bajjou, soupçonné d’avoir piloté depuis le Maroc plusieurs enlèvements visant le milieu français des cryptomonnaies, a été localisé puis arrêté à Tanger. Dans ce dernier dossier, les enquêteurs français avaient transmis aux autorités marocaines les coordonnées GPS de sa cache.
Même changer d’identité ne garantit plus de passer entre les mailles du filet. Le 6 août, à Oujda, un Néerlandais de 25 ans recherché par la justice de son pays pour son implication présumée dans un réseau criminel a été arrêté alors qu’il séjournait irrégulièrement au Maroc.
Cette succession d’arrestations tient aussi à l’organisation du dispositif marocain. Les renseignements de la DGST permettent de localiser certains suspects, tandis que le Bureau central national d’Interpol à Rabat partage directement ses informations avec la Direction centrale de la police judiciaire. Son responsable, Mohammed Dkhissi, cumule d’ailleurs les fonctions de directeur central de la police judiciaire, chef du BCN Interpol Maroc et vice-président d’Interpol pour l’Afrique.
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Le nombre de dossiers suit la même tendance. Le Maroc a reçu 96 demandes d’extradition en 2025, contre 63 un an plus tôt, selon les données du ministère public. Une hausse de plus de 50 % en douze mois. Le pays pouvait autrefois apparaître à certains criminels étrangers comme une destination où disparaître. Les arrestations de Casablanca à Tanger, Marrakech, Martil ou Oujda montrent désormais le risque inverse : entrer au Maroc peut aussi signer la fin de la cavale.