Le Royaume-Uni veut faciliter des milliards de livres de prêts aux acheteurs marocains… pour qu’ils achètent britannique

- 11h00 - Monde - Ecrit par : Said A.

Le Maroc fait partie des trois marchés choisis par Londres pour tester un nouveau dispositif de financement pouvant mobiliser jusqu’à 5 milliards de livres. Le principe est simple : faciliter l’accès au crédit des acheteurs étrangers afin qu’ils passent davantage de commandes auprès d’entreprises britanniques.

Le gouvernement britannique a annoncé ce 28 septembre le lancement de Flexible Finance, un nouveau produit de UK Export Finance (UKEF), l’agence publique chargée de soutenir les exportations du Royaume-Uni. Le Maroc, le Brésil et le Mexique sont explicitement cités parmi les économies à forte croissance ciblées par cette phase pilote.

Concrètement, UKEF pourra garantir jusqu’à 80 % d’un prêt commercial accordé à certains acheteurs étrangers. La garantie publique réduit le risque supporté par la banque et doit ainsi permettre aux entreprises ou porteurs de projets sélectionnés d’obtenir des financements dans des conditions plus souples.

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L’enveloppe maximale de 5 milliards de livres, soit environ 64 milliards de dirhams, concerne l’ensemble du programme et n’est donc pas réservée au Maroc. Mais le choix du royaume parmi les quelques marchés pilotes montre clairement l’intérêt que lui porte désormais Londres.

Le gouvernement britannique ne cache d’ailleurs pas l’objectif du dispositif. Dans son communiqué publié lundi, il explique vouloir intervenir dans des pays où les exportations britanniques pourraient être plus importantes. Les bénéficiaires seront ensuite accompagnés par UKEF afin d’augmenter leurs achats de biens et services auprès d’entreprises du Royaume-Uni.

Financer l’acheteur pour décrocher le contrat

Le changement par rapport aux mécanismes classiques d’UKEF réside dans la liberté accordée à l’emprunteur. Les financements garantis seront moins strictement liés à une dépense britannique précise dès leur mise en place. En contrepartie, UKEF travaillera directement avec les bénéficiaires pour identifier des fournisseurs britanniques et développer leurs commandes au Royaume-Uni.

Londres met ainsi le financement au service de sa politique commerciale : plutôt que d’attendre qu’une entreprise britannique remporte un marché au Maroc puis de financer l’opération, l’agence peut nouer en amont une relation avec un acheteur marocain ayant besoin de capitaux et l’orienter ensuite vers l’offre britannique.

Le secrétaire britannique au Commerce, Jonathan Reynolds, résume lui-même l’approche : le Royaume-Uni ne veut plus seulement demander aux autres pays d’acheter britannique, mais créer les conditions financières permettant à ses entreprises de prendre davantage de marchés à l’étranger.

Cette offensive arrive à un moment particulièrement favorable. Le gouvernement britannique estime à plus de 50 milliards de livres les investissements qui doivent être déployés au Maroc dans les cinq à six prochaines années, notamment dans les transports, l’eau, les hôpitaux et les énergies propres. Une partie importante de ces chantiers est liée à l’accélération des préparatifs de la Coupe du monde 2030.

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Les exportateurs britanniques progressent déjà fortement au Maroc. Les ventes de marchandises du Royaume-Uni au royaume ont atteint 2,153 milliards de livres au premier semestre 2026, dépassant en six mois le montant réalisé pendant toute l’année 2025.

Londres cherche maintenant à transformer cette progression en implantation durable. En parallèle de Flexible Finance, le gouvernement britannique travaille à faciliter l’accès de ses entreprises aux marchés publics marocains.