Saint-Valentin : Cupidon à la Marocaine

- 00h00 - Maroc - Ecrit par : L.A

Connaissez-vous Saint-Valentin ? - Qui ça ? Le Saint…quoi ? Ecoutez, je viens de m’installer à Casablanca. Allez voir le concierge, il saura certainement vous indiquer la rue que vous cherchez ! Eh bien non, ce n’est pas une blague. C’est tout simplement une des réponses que nous avons recueillie auprès de 120 citoyens marocains de 14 à 60 ans à travers les quartiers et boulevards de la capitale économique.

Cette femme d’une quarantaine d’années, assise sur un banc, a pris le temps de réfléchir à ce que pouvait bien être Saint-Valentin avant de donner sa langue au chat, pensant qu’il s’agissait d’une adresse. Il s’agit effectivement d’une adresse. Pas celle d’une ruelle, mais d’une destination qui conduit droit vers le cœur des amoureux. Cette femme ne sait pas que dans quelques jours, le 14 février, le monde entier fêtera l’amour : la Saint-Valentin. Une ignorance qui rend bien service au mari en le dispensant d’offrir la rose rouge, preuve de l’attachement éternel à la bien aimée. Pas de machisme, on ne parle que d’ignorance pure et simple et le sondage révèle que cette tendance n’est pas unanime.

Plus que cela, la majorité déclare savoir à quoi correspond la date du 14 février. Sur 120 personnes interrogées, elles sont 86 à répondre avec un large sourire, comme par réflexe romantique. C’est un jour très attendu par les amoureux, mais aussi par ceux et celles qui cherchent l’âme sœur ou attendent une déclaration d’amour sur des charbons ardents. Un « Happy Valentin » a une portée sentimentale des plus sacrées pour les cœurs qui battent la chamade. Alors un cadeau, quelle que soit sa nature, reste une quasi-obligation à l’occasion. Qu’offre Cupidon, à part sa flèche ? Une myriade de choix que les commerces de bijoux, cosmétiques, fleurs, chocolats, maroquinerie se font un plaisir d’exposer dans leurs vitrines somptueuses garnies de cœurs rouges de toutes les formes. Une occasion en or pour ces commerçants qui se transforment en conseillers en « marketing romantique ». Et pourquoi pas, puisque la demande est bien là.

Le sondage montre que 79 personnes sur les 120 accordent à la Saint-Valentin un droit à la fête. Un petit tour dans les magasins s’impose, car pour faire vibrer un cœur, il faut être doué d’un flair. Question de réussir d’une pierre deux coups : faire plaisir à son conjoint et renforcer les liens d’amour. La recette n’est pas aussi simple, puisqu’il faut « tomber » sur le cadeau qui fera l’affaire. Pas besoin de chercher l’étrange ou l’insolite, parce qu’elles manquent de temps et qu’elles ne font pas trop confiance au hasard qui pourrait bien faire les choses, les personnes affirmant fêter la Saint-Valentin ont une préférence pour le parfum. C’est le produit qui se taille la part du lion, suivi des bijoux (bracelet, collier, montre…) et des fleurs. Les roses rouges sont les plus convoitées parce qu’elles symbolisent la passion. Dans ce local d’art floral très connu, les suggestions sont alléchantes même si les demandes ne sont pas vraiment au top. « Non, ici, la Saint-Valentin ne représente pas grand-chose en chiffre d’affaires par rapport à la fin de l’année, à la fête des mères ou la journée mondiale de la femme. La fête de l’amour reste très restreinte à une petite catégorie sociale plutôt occidentalisée », estime Meryem, gérante de la boutique.

« Occidentalisée », c’est l’avis également de certains qui refusent de célébrer cette fête de l’amour pour des raisons où religion et culture font la paire. Pour d’autres, leur refus émane du peu d’importance qu’ils accordent à une fête qu’ils qualifient de « futile ». A chacun donc ses raisons de refuser et plusieurs avouent qu’ils y sont contraints par manque de budget comme cet homme plutôt contrarié : « Sachez que je n’avais même pas de quoi me payer le mouton de l’Aïd Al Adha, alors pourquoi une autre fête où je dois encore acheter ? » Passer à la caisse donne tout d’un coup à l’amour un goût de vinaigre. Ceux qui choisissent de fêter doivent donc prévoir un budget selon leur pouvoir d’achat. C’est pourquoi, ce sondage a été effectué auprès de différentes catégories : étudiants, cadres, fonctionnaires, femmes au foyer, agents de sécurité, enseignants et chefs d’entreprises.

Il s’avère que la fourchette du « happy Valentin » démarre de 25 DH pour aller jusqu’à 3000 DH. En plus des parfums, des bijoux et des fleurs, le chocolat figure aussi sur la liste des cadeaux. Avec des coffrets en velours de couleur rouge, difficile de résister à ce grand chocolatier belge. « Ce sont des offres spéciales qui coûtent entre 180 et 450 DH et ce sont plutôt les filles de 15 à 18 ans qui tombent sous le charme de ces coffrets », indique cette jeune vendeuse. Romantisme oblige, certains se penchent vers des cadeaux souvenirs du genre tasse de café, peluche et produits d’artisanat qui correspondent le plus à leurs moyens, mais aussi à leur souhait d’offrir à leur amour un objet impérissable.

Encore plus astucieux, ces étudiants ou étudiantes qui squattent les cybercafés et rechargent à petite dose leur carte GSM pour bombarder leur fiancé/e de SMS remplis de bisous ou de cartes de vœux spécial Cupidon. Un coup de cœur facile, pas cher et qui peut rapporter gros. Mais pour les couples mariés, il faudra un peu plus de sacrifice. D’ailleurs, ce sont les personnes que interrogées qui nous l’ont bien souligné. « J’ai pris l’habitude, chaque année, d’offrir quelque chose à ma femme sinon elle croira que je l’ai oublié », dit en souriant cet homme d’une cinquantaine d’années.

Un dîner dans un restaurant ou un week-end dans l’un des hôtels qui proposent des offres spéciales Saint-Valentin. De quoi fuir une routine qui fait perdre au mariage son piment ou se réconcilier. « L’amour n’est pas seulement un sentiment, il est un art aussi », comme le disait si bien Honoré de Balzac. Alors si vous êtes marié, vous savez ce qui vous reste à faire. Les cœurs solitaires, eux, auront peut-être une belle surprise le 14 février.

Aujourd’hui le Maroc - Leïla Hallaoui

  • Saint-Valentin : Un cupidon très commercial

    La mi-février serait associée à l'amour depuis l'Antiquité. Le 15 février était alors consacré à Lupercus, le dieu de la fertilité. On raconte que ses prêtres lui sacrifiaient des chèvres. Ils buvaient ensuite du vin, et couraient dans les rues de Rome en touchant les passants avec un morceau de peau de chèvre. Cette pratique devait rendre les jeunes femmes plus fertiles et faciliter leur accouchement. Selon la légende, l'Église catholique dédia le 14 février au martyr Valentin autour de l'an 498, afin de mettre un terme à ces pratiques païennes.

  • Saint-Valentin : un business florissant

    Les amoureux font la fête aujourd'hui dans de nombreux pays dans le monde. Les couples célèbrent leur amour et s'offrent des cadeaux et des roses rouges, qui sont l'emblème de la passion. En Europe et aux Etats-Unis, la Saint-Valentin est célébrée depuis le XVe siècle. D'origine païenne, cette fête a été récupérée par l'église catholique, qui la placée sous l'a protection d'un saint.

  • Le succès fou des nouveaux charlatans

    Le charlatanisme au Maroc ne relève pas du simple phénomène de société. C'est beaucoup plus large et plus complexe. Le charlatanisme est intimement lié à l'identité marocaine dans ce qu'elle a de plus anthropologique.

  • Ces filles qui se refont une virginité à l'hôpital

    « Si je n'avais pas été vierge le jour de mon mariage, ma famille m'aurait tuée », martèle Myriam, 20 ans, qui a épousé cet été un Marocain au village de ses parents. Elle se défend d'exagérer, raconte les coups et les claques, évoque des cousines retenues à la maison ou renvoyées au bled pour avoir fréquenté un garçon : elle tremblait d'être découverte. Entendant parler de la réfection d'hymen, elle n'a pas hésité. Elle s'est rendue dans un hôpital du nord de Paris, a supplié le médecin... qui a cédé. Grâce à une simple opération, elle a taché de sang le drap lors de son mariage, sauvant « l'honneur de la famille ».

  • Maroc/Internet : Vente en ligne, un pas encore hésitant

    Aujourd'hui que la loi sur la signature électronique est effective, que les internautes se comptent par millions, les marques de luxe se mettent-elles pour autant sur le Net au Maroc, afin de vendre leurs produits ?

  • Le mariage, entre blocages et désespoir

    Dur, dur pour la jeunesse marocaine de ne pas suivre l'air du temps en atière de mariage ou de célibat. Plusieurs jeunes, sexes et âges confondus, sont très portés sur le procédé « s'essayer d'abord » pour « s'adapter ensuite ». D'autres, très respectueux de la tradition, attendent leur destin, qui se fait trop désirer à leur goût pour tomber sur la perle rare. Une autre minorité se complaît dans le célibat et a une très mauvaise idée sur le mariage.

  • Des comportements malsains qui rebutent nos visiteurs

    L'an 2010 approche à grand pas. Plus que trois années pour voir arriver les 10 millions de touristes tant attendus. Tout du moins, le Maroc espère voir ce voeu, décliné noir sur blanc dans le Contrat-Programme, se réaliser. Cependant une impression presque générale d'une sorte de relâchement de la part des responsables marocains se fait de plus en plus sentir. Plusieurs interrogations semblent encore relever du domaine du latent quant à une forme certaine d'indifférence face à quelques pratiques « malsaines » qui ne peuvent que dissuader le touriste de visiter le Maroc.

  • Femmes seules : Une vie pas facile

    Plusieurs milliers de femmes vivent seules à Casablanca. Nombre d'entre elles ont quitté leur famille pour gagner leur vie. Comment vivent-elles et comment sont-elles perçues par la société ?

  • Scrutin législateur : Comment une date fera la politique au Maroc ?

    Ç'aurait été un non événement, mais il n'en demeure pas moins que la date des élections sème la discorde au sein du champ politique national. La majorité aux commandes, en premier lieu.

  • L'Avortement au Maroc : Enquête sur un tabou

    Avorter au Maroc est un acte criminel passible de plusieurs années de prison. Voire de peine de mort. Pourtant, malgré les effets dissuasifs des lois, des centaines d'interruptions volontaires de grossesses ont lieu chaque jour dans des cabinets, des cliniques, chez des sages-femmes, entraînant parfois la mort de la mère. Les conditions d'hygiène sont inexistantes dans la plupart des cas surtout chez des médecins charcutiers pour qui le serment d'Hippocrate est un gage d'hypocrisie.