Sebta : ils rêvaient de l’eldorado espagnol, ils ont dormi dehors

- 14h00 - Maroc - Ecrit par : Farid Laamoudi

Des milliers de jeunes ont franchi ou tenté de franchir la frontière de Sebta. Ceux qui ont réussi n’ont pas découvert l’Espagne des vidéos : beaucoup ont dormi dehors, cherché de quoi manger ou repris la mer vers le Maroc. Les papiers, eux, ne viennent pas avec le passage.

Pour certains jeunes Marocains, l’arrivée à Sebta a ressemblé pendant quelques minutes à une victoire. Ils avaient contourné la frontière à la nage, marché durant des heures ou profité du mouvement de foule pour atteindre le territoire espagnol.

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Mais une fois entrés, beaucoup n’avaient ni argent, ni vêtements secs, ni endroit où dormir. Reuters rapporte que des milliers de personnes avaient convergé vers Fnideq pendant la nuit et que, selon la télévision publique espagnole TVE, entre 2 000 et 3 000 auraient réussi à pénétrer dans Sebta durant la seule journée de jeudi.

L’arrivée ne leur a pourtant donné ni chambre, ni emploi, ni billet pour rejoindre Madrid ou Barcelone. Dès vendredi matin, les pelouses, les parkings et les abords des bâtiments publics étaient occupés par des jeunes épuisés.

Une journaliste d’El País présente à Sebta décrit des centaines de jeunes dormant sur l’herbe humide, parfois avec très peu de vêtements. Certains tremblaient de froid devant les parkings ou au pied des statues de la ville.

Le journal espagnol rapporte également que de nombreux nouveaux arrivants ne trouvaient ni nourriture ni endroit où passer la nuit. Plusieurs affirmaient que des commerces refusaient de les servir et racontaient avoir été menacés ou visés par des jets de pierres dans certains quartiers.

La déception a été si rapide que des milliers de personnes ont repris le chemin du Maroc par le même endroit qu’elles venaient de franchir.

Parmi elles figurait Salma Zoubiri, une infirmière marocaine de 21 ans qui disait avoir de la famille à Sebta. Après avoir traversé avec un flotteur, elle a finalement décidé de repartir. « Tout va mal avec la police », a-t-elle expliqué à El País avant de retourner vers la frontière.

Passer la frontière ne donne aucun papier

Entrer dans Sebta signifie se trouver physiquement sur un territoire administré par l’Espagne. Cela ne donne toutefois aucun droit automatique à vivre dans le pays, à travailler légalement ou à percevoir des aides sociales.

Pour les adultes qui ne demandent pas l’asile et ne disposent d’aucun autre droit au séjour, l’arrivée peut déboucher sur une identification par la police, une procédure administrative et, selon leur situation, un retour vers le Maroc.

L’idée très répandue selon laquelle il suffirait de rester caché quelque temps avant de recevoir des papiers est également trompeuse. La régularisation par l’« arraigo » n’est ni immédiate ni automatique.

Le ministère espagnol de l’Inclusion précise ainsi que l’« arraigo sociolaboral » exige au moins deux années de présence continue en Espagne ainsi qu’un ou plusieurs contrats de travail. Il faut aussi apporter les documents permettant de prouver cette présence et remplir les autres conditions prévues par la réglementation.

Ces deux années ne constituent donc pas un simple délai au bout duquel les papiers seraient distribués. Pendant cette période, le jeune arrivé clandestinement peut ne pas avoir le droit de travailler légalement, rencontrer de grandes difficultés pour louer un logement et dépendre d’emplois non déclarés où il sera particulièrement exposé aux abus.

La régularisation extraordinaire adoptée en Espagne en 2026 ne sauvera pas davantage les nouveaux arrivants. Les conditions officielles publiées par le gouvernement espagnol réservent ce dispositif aux étrangers qui se trouvaient déjà en Espagne avant le 1er janvier 2026. Les jeunes entrés à Sebta fin juillet en sont donc exclus.

Les mineurs non accompagnés doivent, eux, être pris en charge par les services espagnols de protection de l’enfance. Mais être placé dans un centre ne signifie pas recevoir immédiatement une vie autonome, un emploi ou la possibilité de choisir sa destination.

La procédure officielle espagnole prévoit une prise en charge par les services compétents et une autorisation de résidence spécifique. Elle implique des vérifications administratives, notamment sur l’identité, l’âge et la situation du mineur.

Pour beaucoup, le rêve résumé par une vidéo de quelques secondes se transforme ainsi en une attente beaucoup plus longue : dormir dans un centre ou dans la rue, vivre sans revenus stables, éviter les contrôles et chercher pendant des mois ou des années une possibilité de régularisation qui n’est jamais garantie.

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Sebta est bien sous administration espagnole. Mais franchir sa frontière n’est ni obtenir des papiers, ni trouver un emploi, ni commencer automatiquement une nouvelle vie en Europe.