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Textile : Le Maroc et ses concurrents face à l’appétit chinois

17 mai 2007 - 01h56 - Economie

La menace chinoise dans le secteur textile refait surface après plusieurs mois de répit. Les textiliens marocains se veulent rassurants, mais l’échéance de la fin des quotas fait trembler les pays du pourtour méditerranéen.

La menace pèse sur des pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et la Turquie, qui exportent jusque-là près de 90% de leur production vers l’Europe. L’Espagne, premier client de l’habillement marocain depuis 2005 alors qu’elle était, en 2004 déjà, son premier fournisseur, a détrôné la France. En retour, le Maroc achète près de 13% des produits textiles espagnols. Il est ainsi le deuxième client après la France qui en absorbe près de 15%. Que font les voisins et principaux concurrents du Maroc ? La Turquie tient le haut du pavé des quatre principales ventes à l’UE en 2006, selon le Cedith (Cercle euroméditerranéen des dirigeants textile-habillement).

Chandails, pulls, pantalons tissés, t-shirts, polos ou bas collants et chaussettes, le pays du Bosphore aura exporté vers l’Europe pour plus de 5 milliards d’euros en 2006. Loin derrière, la Tunisie tient la deuxième place avec 1,3 milliard, à peine devant le Maroc (1,2 milliard d’euros). L’Egypte, pour sa part, n’aura pas dépassé 275 millions d’euros. Ce sont les t-shirt, sous-pulls et polos qui sont les plus exportés par ces pays vers l’UE. La Turquie en comptabilise près de 590.000, à 3,77 euros l’unité. Le Maroc, pour sa part en aura expédié 253.000 pour 2,97 euros. Il est moins cher donc que la Turquie, mais en exporte pour moitié moins.

Des quatre pays « benchmarkés » par le Cedith, il est d’ailleurs le moins cher pour les quatre catégories de produits. Chandails et pulls à 5,39 euros l’unité contre 6,92 par exemple pour la Tunisie ou encore 9,07 pour les pantalons tissés contre 10,56 pour la Turquie.
Le secteur textile est le premier employeur industriel du Royaume.

525.000 emplois, dont près de la moitié pour le secteur habillement. C’est d’ailleurs le cas dans la quasi-totalité des pays de la zone méditerranéenne, avec 7 millions d’emplois directs. En Tunisie, le segment habillement emploie autant que le Maroc (le tiers des emplois de l’industrie). En Turquie, un million de salariés travaillent dans le secteur (un quart des emplois industriels). Ces trois pays exportent 90% de leur production vers l’Europe. Et pourtant, en 2005, le Maroc aura participé pour à peine 1,01% du commerce mondial, contre 1,21% pour la Tunisie et 4,29% pour la Turquie. Autant dire que le potentiel reste très large. Cependant, face au deux géants, la Chine avec 27% du marché (74 milliards de dollars) et l’Inde (20 milliards de dollars), c’est David contre Goliath. Sur les coûts, la bataille est perdue d’avance.

Impossible, en effet, de concurrencer des coûts de production chinois dix fois moins élevés et l’appétit vorace des exportateurs de ce coin du monde. Seule stratégie pour s’en sortir : passer de la sous-traitance à la co-traitance, c’est-à-dire à la fabrication de produits finis, ne cesse de marteler l’Association marocaine des textiliens (AMITH). Autre sortie possible : fabriquer en de très courts délais de petites séries, ce que les Chinois n’arrivent pas à faire avec leurs gros volumes. Des efforts d’adaptation des entreprises aux nouvelles conditions du marché qui risquent cependant d’être mises à mal par la fin de la politique des quotas européens contre la Chine au 1er janvier 2008 et le reflux en masse des produits « made in China » qui resteront limités sur le marché américain jusqu’en 2009.

La demande espagnole s’étoffe

Le Maroc aura réalisé en 2006 un chiffre d’affaires de 10,4 milliards de DH avec l’Espagne, soit une progression de 42% par rapport à l’année précédente. Le pays ibérique aura importé l’année dernière, tous fournisseurs confondus, pour plus de 799 millions d’euros de pantalons (120 millions d’unités) et pour 587 millions d’euros de pulls et chandails.

Suivent, par ordre décroissant d’importance, les manteaux, imperméables et vestes tissées pour femmes, les parkas, anoraks et blousons, les chemisiers, les chemises, les jupes, les robes et les vêtements pour bébés. Entre 2001 et 2006, ce sont les importations de jupes qui ont connu le plus fort taux de croissance (+ 365%), suivies des vestes, manteaux, impers pour femmes (+ 309 %), des robes (+ 247 %) et des pantalons (+ 191%).

Pour les entreprises qui exportent vers le marché espagnol, les produits les plus attractifs sont les pantalons, t-shirts et polos, les vestes pour femmes, les jupes, les chemisiers et les robes.

L’Economiste - Amine Boushaba

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