Une intelligence artificielle révèle le potentiel caché du Maroc pour l’escalade

- 15h00 - Maroc - Ecrit par : Nadia El A.

Une intelligence artificielle a cartographié le bassin du Haut Ziz, dans le Haut Atlas oriental. Selon les deux modèles utilisés, entre 15 et 19 % de la zone étudiée présenterait des caractéristiques topographiques très favorables à l’escalade.

Le Maroc possède peut-être beaucoup plus de sites d’escalade qu’il ne le pense. Des chercheurs ont utilisé l’intelligence artificielle pour repérer les secteurs montagneux offrant les meilleures conditions topographiques dans la région du Haut Ziz, entre Midelt et Errachidia.

Leur étude publiée le 5 août 2026 dans la revue Discover Geoscience porte uniquement sur cette partie du Haut Atlas oriental. Elle ne constitue donc pas une cartographie de l’ensemble des montagnes marocaines.

Les chercheurs ont d’abord constitué un inventaire de 120 sites d’escalade et de 120 emplacements ne présentant pas les mêmes caractéristiques. Ils se sont appuyés sur des visites de terrain, des images de Google Earth, des travaux antérieurs et des échanges avec les populations locales.

Les 240 points ont ensuite été répartis entre un groupe d’apprentissage et un groupe de vérification. Deux modèles ont été entraînés à reconnaître les caractéristiques des terrains déjà utilisés ou considérés comme favorables à l’escalade.

Le premier, fondé sur une régression logistique, classe 15,18 % de la zone comme très adaptée. Le second, utilisant une machine à vecteurs de support, porte cette proportion à 19,21 %. Il obtient également les meilleurs résultats lors des tests de validation.

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Les espaces les plus prometteurs se concentrent dans la partie occidentale du territoire étudié. Ils correspondent principalement à des reliefs accidentés, situés en altitude et présentant de fortes pentes.

Plus de 80 % des sites déjà identifiés se trouvaient entre 2 300 et 2 900 mètres d’altitude. Plus de 90 % étaient installés sur des pentes dépassant 30 degrés. L’angle de la pente apparaît ainsi comme le facteur le plus déterminant, devant l’altitude et la longueur du versant.

Le bassin du Haut Ziz offre un terrain particulièrement propice à cette recherche. Son altitude varie d’environ 1 023 à 3 687 mètres et ses paysages comprennent des sommets élevés, des falaises, des gorges et des vallées profondément creusées dans des formations rocheuses jurassiques.

Une carte prometteuse, mais pas un feu vert

L’intelligence artificielle n’a pas découvert des voies immédiatement praticables. Elle a produit une carte de probabilité destinée à guider de futures recherches sur le terrain.

Plusieurs éléments déterminants n’ont pas été intégrés directement aux modèles. La stabilité de la roche, pourtant essentielle à la sécurité des grimpeurs, n’a pas pu être évaluée faute de données suffisamment précises. La composition géologique détaillée et l’occupation des sols ont également été écartées du calcul.

La résolution de la carte constitue une autre limite. Chaque cellule couvre 30 mètres, une échelle suffisante pour identifier de grandes zones favorables, mais incapable de restituer une petite paroi, une arête étroite ou une fragilité locale.

Les chercheurs insistent donc sur la nécessité de contrôler chaque emplacement sur place avant d’envisager l’ouverture d’une voie. Les accidents survenus dans les montagnes marocaines rappellent que l’altitude et la difficulté d’accès peuvent considérablement compliquer les secours.

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L’accessibilité constitue justement l’un des principaux obstacles. La région est essentiellement desservie par la route nationale 13, reliant Midelt à Errachidia, et par la route régionale 704 entre Er-Rich et Imilchil. Le reste du réseau se compose largement de pistes et de chemins non goudronnés.

Malgré ces contraintes, les chercheurs considèrent que leurs cartes peuvent aider les collectivités à sélectionner les secteurs à étudier en priorité, organiser les accès et éviter un développement anarchique dans les zones fragiles.

Le potentiel économique dépasse la seule pratique sportive. Les gorges et les escarpements du Ziz peuvent soutenir un tourisme d’aventure associé à la randonnée, à la découverte de la géologie et aux hébergements locaux.

Le Maroc considère déjà le tourisme de montagne comme un potentiel largement inexploité. Les zones montagneuses couvrent plus de 40 % du territoire et pourraient attirer davantage de visiteurs en dehors des destinations balnéaires et des grandes villes.

Le pays dispose de quelques vitrines reconnues, comme le circuit du Toubkal, récemment classé parmi les plus belles randonnées au monde, les falaises d’Azilal ou les gorges de Todgha à Tinghir. Le Haut Ziz pourrait devenir un nouveau pôle à condition d’investir dans la sécurité, la formation des guides, le balisage et la protection des paysages.