En Afrique, Washington lâche la France et mise sur le Maroc
Face à l’effondrement de l’influence occidentale en Afrique, Washington repense entièrement sa stratégie militaire. Un ambitieux plan du Sénat américain vise à faire du Maroc le nouveau pilier sécuritaire des États-Unis, supplantant la France et l’Espagne.
Le retrait forcé de la France et la succession de coups d’État au Sahel ont détruit le réseau de bases américaines en Afrique de l’Ouest. Pour pallier ce vide sécuritaire, Washington se tourne désormais vers Rabat, perçu comme le seul allié stable et bien disposé de la région. Sous l’impulsion du sénateur républicain Roger Wicker, le Sénat américain a ainsi approuvé un plan de renforcement de la coopération militaire avec le royaume, intégré au projet de budget de la défense pour 2027. Ce projet ambitionne de propulser le Maroc au rang de partenaire stratégique de premier plan pour la projection militaire de la superpuissance sur le continent et dans l’Atlantique, rapporte El Confidencial.
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Ce vaste programme de défense s’articule autour de cinq axes majeurs destinés à transformer les capacités opérationnelles marocaines. Il prévoit la création de « centres de sécurité coopérative », des infrastructures permettant le déploiement rapide des forces américaines et le stockage de munitions. S’y ajoutent une lutte antiterroriste conjointe accrue, la modernisation accélérée des Forces Armées Royales, et la création d’un centre d’excellence dédié aux drones. Enfin, les manœuvres annuelles « African Lion », déjà les plus importantes d’Afrique, seront considérablement élargies pour intégrer la cybersécurité, les systèmes anti-drones et la guerre hybride.
Cette alliance montante rebat les cartes de l’autre côté du détroit de Gibraltar, venant directement concurrencer les intérêts stratégiques espagnols. L’analyste Yago Rodríguez souligne que la réhabilitation des pistes et ces nouvelles plateformes avancées marocaines pourraient purement et simplement reproduire le noyau fonctionnel de la base aérienne de Morón, à Séville. Les infrastructures marocaines seraient en mesure d’accueillir des bombardiers et des avions de fret stratégiques américains, une alternative d’autant plus cruciale pour le Pentagone que le gouvernement espagnol a récemment opposé son veto à l’utilisation des bases de Morón et de Rota pour des vols américains en direction du Moyen-Orient.
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Cette consolidation de l’axe Washington-Rabat s’accompagne d’une marginalisation militaire assumée des acteurs européens traditionnels. Le contrôle préventif du détroit de Gibraltar par le Maroc, appuyé par l’hégémonie du port de Tanger Med dont le trafic supplante déjà largement celui d’Algésiras, s’inscrit dans cette logique de suprématie navale. En parallèle, les importations d’armement illustrent ce pivot géopolitique : l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm indique qu’Israël est devenu le deuxième fournisseur d’armes du royaume (24 %), dépassant de loin la France reléguée à 10 %, et complétant la domination de l’allié américain (60 %). Si la Chambre des représentants valide ce plan sénatorial, le Maroc deviendra incontestablement le principal relai de Washington en Afrique.