« Tout sauf un Arabe », disait son père : elle épouse un Belgo-Marocain et leur entreprise atteint 60 millions d’euros

- 10h00 - Belgique - Ecrit par : Farid Laamoudi

En Belgique, Stéphanie Reniers raconte dans un entretien à Forbes comment son mariage avec Farid El Machaoud, Belge d’origine marocaine, a défié une interdiction familiale. Le couple a cofondé Gentis, un groupe de recrutement qui a réalisé 60 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.

Adolescente, lorsqu’elle évoque le mariage, Stéphanie Reniers reçoit une réponse catégorique de son père : « Tout sauf un Arabe. » Des années plus tard, elle épouse pourtant Farid El Machaoud, un Belge d’origine marocaine. Cette phrase familiale ouvre aujourd’hui son livre « Checkbox », consacré aux discriminations dans le monde du travail.

Leur histoire est aussi celle d’une réussite entrepreneuriale. En 2011, Stéphanie et Farid travaillent dans le recrutement. Après le licenciement de la jeune femme, les deux collègues, futurs époux, décident de créer leur propre entreprise. Gentis voit le jour en avril, autour d’une table de cuisine bruxelloise, sans client ni financement extérieur.

Quinze ans plus tard, le groupe compte 650 collaborateurs de 53 nationalités répartis dans huit pays, selon Forbes Belgique. Dans un podcast de L’Écho diffusé le 16 octobre, la dirigeante révèle que Gentis a atteint 60 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.

Des entreprises refusent encore les candidats arabes

Cette réussite n’a pas fait disparaître les préjugés auxquels le couple est confronté dans son métier. Dans son entretien publié le 30 octobre, Stéphanie Reniers raconte qu’un client du bâtiment a demandé à Gentis de ne présenter aucun candidat arabe pour un chantier.

Elle cite également le cas de Karim, candidat particulièrement qualifié pour un poste stratégique en France. Selon son récit, un comité de recrutement lui aurait préféré une personne moins expérimentée, craignant que certains clients traditionnels n’acceptent pas son profil.

La dirigeante explique avoir longtemps refusé de travailler avec les entreprises exprimant de telles exigences. Elle privilégie désormais le dialogue, estimant pouvoir davantage faire évoluer leurs pratiques de recrutement.

Dans son livre de 160 pages, publié chez Mardaga, elle défend une idée forgée par son expérience : la diversité doit se traduire dans les décisions des entreprises, et pas seulement dans leurs discours. Elle raconte notamment le cas d’une société bruxelloise ayant consacré plus de 300 000 euros à des formations sur le sujet, alors que ses propres dirigeants n’y participaient pas.