Arrivée clandestinement du Maroc à 9 ans, abandonnée par son père : Rania Kissi est aujourd’hui élue à Paris
Arrivée clandestinement du Maroc à l’âge de 9 ans, Rania Kissi a été abandonnée par son père un an plus tard avant de grandir dans des familles d’accueil. Après avoir connu la rue, la jeune femme est devenue juriste, militante et conseillère de Paris.
Le parcours de Rania Kissi commence à Oujda, où elle grandit auprès de sa mère et de son grand-père. En 2006, son père, qu’elle connaît à peine, revient au Maroc en affirmant vouloir lui offrir un avenir meilleur en France. Sa mère signe alors un document qu’elle pense être une autorisation de sortie du territoire, mais qui constitue en réalité une renonciation à l’autorité parentale.
Âgée de 9 ans, la fillette franchit clandestinement la frontière, cachée dans une voiture. Sans existence légale en France et ne parlant pas français, elle s’installe dans le Val-d’Oise chez son père, qui a refait sa vie et fondé une nouvelle famille.
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Alors que les autres enfants vont à l’école, Rania reste enfermée au domicile. Elle raconte avoir été cantonnée au ménage et à la garde de son jeune demi-frère, avant de subir des violences lorsqu’elle tentait de se rebeller.
Son absence de l’école finit par inquiéter le voisinage. Craignant d’attirer l’attention, son père l’envoie chez une tante, dans le nord de la France. Elle y est enfin scolarisée. Une enseignante lui donne quotidiennement des cours de français et lui fait promettre de lire vingt minutes par jour.
Mais six mois plus tard, son père revient la chercher. Il la conduit chez une assistante sociale à Franconville et l’abandonne sur place. « C’est de “ça” que je vous parlais », lance-t-il en désignant sa fille, raconte aujourd’hui Rania Kissi dans un portrait publié par Le Monde.
Placée à 10 ans, sans-abri à 18 ans
Le 10 juillet 2007, Rania est présentée à une juge pour enfants. Mise en confiance, elle raconte son passage clandestin en France, son enfermement et les coups reçus. La magistrate ordonne son placement dans une famille d’accueil. La jeune fille en connaîtra deux jusqu’à sa majorité et deviendra officiellement pupille de l’État près de trois ans après son arrivée.
À l’école, Rania refuse le destin que l’institution semble avoir tracé pour elle. Orientée vers la voie professionnelle, elle falsifie des documents afin de s’inscrire en filière générale. Excellente élève, elle obtient son baccalauréat en 2014 et veut poursuivre des études de droit.
À 18 ans, elle se retrouve toutefois sans accompagnement et dort pendant trois mois dans la rue. « Là où on parlait d’égalité des chances, là où on parlait d’ascenseur social, moi, on m’a oubliée », a-t-elle récemment témoigné sur France Inter.
L’aide d’un professeur lui permet finalement d’intégrer un foyer de réinsertion sociale, puis une résidence universitaire. Elle cumule les emplois de bibliothécaire, caissière et baby-sitter pour financer ses études. En 2021, elle décroche un master de droit.
Cette même année, Rania Kissi révèle publiquement son histoire. Elle cofonde ensuite le Comité de vigilance des enfants placés et s’engage pour une réforme de la protection de l’enfance. En août dernier, elle a publié « Enfants placés, avenirs cassés », un livre dans lequel elle mêle son expérience personnelle à des propositions concrètes.
Son engagement l’a également conduite en politique. En mars 2026, elle a été élue au Conseil de Paris sur la liste d’Emmanuel Grégoire, soutenue notamment par les écologistes. Elle y a déjà défendu la création d’une allocation destinée aux anciens enfants placés âgés de 18 à 24 ans ainsi que le renforcement de la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs.
Rania Kissi refuse pourtant que son histoire soit présentée comme la preuve que chacun peut s’en sortir seul. Elle se décrit elle-même comme une « anomalie statistique » et rappelle que 70 % des jeunes sortant de l’aide sociale à l’enfance se retrouvent sans diplôme à 18 ans. Son combat consiste désormais à éviter que les enfants placés aient besoin d’un parcours aussi exceptionnel pour échapper à l’abandon.