Elle n’avait pas droit au jambon à la cantine, elle intitule son livre « Musulmane et fan de porc »

- 14h00 - Belgique - Ecrit par : Farid Laamoudi

Des macaronis au jambon interdits à la cantine, des vacances au Maroc dans une voiture chargée à bloc et une enfance entre deux cultures. Avec sa fille Farrah, Galia, née en Belgique de parents marocains, a transformé ses souvenirs en livre. Son titre provocateur n’est pas passé inaperçu.

À sept ans, Galia a un petit problème qui prend des proportions énormes à ses yeux : elle adore les macaronis jambon-fromage servis à la cantine, mais n’a pas le droit d’en manger. Pour cette fille d’immigrés marocains, première de sa famille à naître en Belgique, c’est un véritable « drame ». Une frustration d’enfant devenue, plusieurs décennies plus tard, le point de départ d’un livre au titre plutôt inattendu : « Musulmane et fan de porc ».

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L’histoire se déroule dans le quartier de Flagey, à Bruxelles, dans les années 1970. Galia y grandit entre les habitudes de ses camarades belges et celles de sa famille marocaine, avec lesquelles elle tente de négocier quelques libertés. Les souvenirs ne manquent pas, notamment ces interminables voyages estivaux vers le Maroc, à bord d’une voiture remplie de bagages.

« On dormait sur les aires d’autoroute et on cuisinait dans le coffre. Le restaurant ou les sandwichs triangles n’étaient pas une option », raconte sa fille Farrah au journal belge Sudinfo. Des scènes qui rappelleront des souvenirs à bien des familles ayant connu les grands départs en voiture vers le Maroc.

Un titre qui ne fait pas rire tout le monde

Galia avait déjà puisé dans son enfance pour un spectacle de stand-up portant le même titre. Les anecdotes faisaient rire le public et sa fille, qui les entendait depuis toute petite, l’a encouragée à aller plus loin. Toutes deux ont commencé à publier leur récit chapitre après chapitre sur Wattpad, en ajoutant des personnages et des situations fictives, avant de sortir leur livre en autoédition.

L’accueil n’a pourtant pas été partout le même. Au Salon du livre de Wallonie, le titre suscite surtout curiosité et amusement. Mais lors de leur passage au festival littéraire de Nancy, en septembre, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux déclenche des réactions beaucoup plus virulentes.

« C’est comme si on avait jeté l’islam en pâture », regrette Farrah. Pour elle, certains se sont arrêtés au titre sans chercher à comprendre le récit. « Je voulais qu’on le retienne et que cela fasse rire les gens », explique-t-elle. Elle reconnaît néanmoins qu’une couverture aussi provocatrice peut rebuter une partie du public.

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Derrière l’humour, le livre raconte aussi la précarité, les petites débrouilles et les contradictions d’une enfant qui cherche sa place. Galia veut découvrir ce que mangent ses camarades, sans pour autant provoquer ses parents. Pas question, par exemple, de manger du jambon devant eux.

Pour Farrah, qui a prêté sa plume aux souvenirs de sa mère, ce récit reste avant tout « une ode à la liberté ». Une façon de raconter, avec humour et sans détour, une enfance belgo-marocaine dont les petites histoires trouvent rarement leur place dans les livres.