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Gouvernement Jettou : que sont devenus les anciens ministres ?

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4 décembre 2007 - 16h46 - Maroc

Avec la nomination du gouvernement El Fassi, le 15 octobre 2007, une nouvelle équipe de ministres est à la barre. La moitié d’entre eux figuraient dans l’équipe Jettou. Quant à leurs collègues non reconduits, ils ont pu retrouver une vie « normale » après 5 ans d’exercice d’une fonction contraignante. Un mois plus tard, ces derniers sont-ils parvenus à retrouver leur mode de vie d’avant la ministrabilité ?

« La fonction ministérielle n’est pas un métier. Elle est, par définition, limitée dans le temps, et puis je présume que chacun a un métier à la base », estime Habib El Malki, ancien ministre de l’éducation. En attendant, après au moins trois ans de travail intensif - les mandats les plus courts remontant au remaniement du 8 juin 2004 -, bon nombre de concernés ont ressenti le besoin de se refaire une santé ou au moins de faire une pause, au Maroc ou à l’étranger, et, surtout, d’éteindre leur portable. D’autres se sont consacrés au réapprentissage du quotidien, tel Mohamed Boutaleb, qui avoue avoir redécouvert ses enfants, ou Mohamed Achaâri, retourné à ses premières amours : la poésie et le roman.

Plusieurs semaines de repos pour faire le vide après 5 ans de marathon

Quelques-uns, peu nombreux, laissent encore percer une certaine indécision, à l’instar de Mohamed Cheikh Biadillah, qui avait en charge la Santé, mais la plupart des anciens ministres sont revenus à leurs occupations initiales. Parmi eux, on remarquera Abderrahim Harouchi, ancien ministre du développement social, de la famille et de la solidarité, qui s’est empressé de retourner à ses écrits sur la pédagogie, son cabinet médical et ses activités dans le milieu associatif, ou Mohamed Mohattane et Saïd Oulbacha qui s’apprêtent à retrouver leurs étudiants. Driss Jettou, lui, après avoir occupé maints postes ministériels, dont celui prestigieux de Premier ministre, est retourné à ses affaires (industrie, commerce).

D’autres se lancent dans des domaines nouveaux. C’est le cas des anciens journalistes Nabil Benabdallah, ex-ministre de la communication, et Mohamed El Gahs, ex-secrétaire d’Etat à la jeunesse, qui excluent de retourner à leur métier d’origine sans donner de détails sur leurs projets professionnels. Ces nouvelles carrières sont souvent ancrées dans le politique, notamment pour ceux qui ont un mandat parlementaire ou dans les communes. Ainsi, Habib El Malki et Mostapha Mechahouri, ancien ministre du commerce extérieur, annoncent leur intention de consacrer plus de temps à leurs électeurs. Idem pour Fouad Ali El Himma, ancien ministre délégué à l’intérieur, dont le second mandat dans la circonscription de Rhamna se déroule dans des circonstances différentes du premier (1995 - 1997). Idem du côté de ces anciens ministres qui ont une casquette de chefs de partis, Mustapha Mansouri (RNI), ex-ministre de l’emploi devenu président de la Chambre des représentants, et Mohand Laenser, ancien ministre de l’agriculture, devenu secrétaire général du Mouvement populaire à plein temps. « Pour ce qui est de la nature du travail, c’est autre chose », explique le patron des harakis. « J’ai plus de visiteurs, plus de travail avec le groupe parlementaire, je suis plus présent aux réunions de groupe, sans oublier un certain nombre de missions politiques que je ne pouvais pas accomplir quand j’étais au gouvernement, comme les réunions de l’Internationale libérale, où je suis vice-président, ou les réponses aux invitations de partis étrangers amis », ajoute-t-il.

Il faut dire aussi que, passée la surprise du passage du MP à l’opposition, le parti a aujourd’hui une occasion inespérée de renforcer ses rangs à l’occasion des prochaines élections communales qui devraient coïncider avec le cinquantième anniversaire du parti. Rien d’étonnant alors à ce que M. Laenser exprime sa volonté de renforcer la présence du parti sur le terrain et de réorganiser ses structures locales et centrales. Première échéance : la réunion du comité central du parti, le 1er décembre. Et une autre, à moyen terme : le congrès ordinaire qui se tiendra en 2009.

Cette volonté de mettre la main à la pâte, nous la retrouverons également à l’USFP où tous les anciens ministres interrogés se disent prêts à aider le parti à faire sa mue. Ainsi, Fathallah Oualalou, selon ses proches, a entamé une sérieuse réflexion sur la réforme de l’USFP et Habib El Malki évoque un projet de livre sur la relation entre le parti, la responsabilité au gouvernement et la gestion de cette équation lorsque l’on est responsable au sein du parti. Mohamed Achaâri, lui, insiste sur la nécessité de procéder à un travail d’évaluation de l’Alternance, de travailler sur l’identité politique du parti, et réfléchir à sa ligne politique ; et ce avant avril 2008 pour éviter la période préélectorale. Une tendance que l’on retrouve aussi au PPS où une séance de brainstorming général est prévue sous la forme d’une conférence nationale, début 2008. En effet, Nabil Benabdallah appelle la gauche en général à opérer une profonde remise en cause des partis, destinée à redonner corps à un mouvement politique crédible, mobilisateur, et porteur d’un projet viable. Tous ces ministres sortants arriveront-ils à réformer leurs partis pour autant ? S’ils y parviennent, il n’est pas exclu que les résultats des élections à venir leur permettent de prolonger leurs carrières partisanes, et, qui sait ?, revenir au gouvernement...

La vie éco - Houda Filali-Ansary

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