Bedos et Khalil : ’ La Vie rêvée de Fatna’

- 12h18 - Maroc - Ecrit par :

« J’adore le talent des autres », dit-il dans un désarmant sourire. Les yeux se plissent, l’iris s’éclaircit d’étincelles dans la lumière pourtant grise de ce jour d’hiver.

On a voulu un dialogue entre Guy Bedos et Rachida Khalil qu’il a aidée à écrire son spectacle La Vie rêvée de Fatna et il a accepté avec son habituelle générosité. Il est à l’âge où l’on se pose la question du passage, du partage. Mais il insistera tout à l’heure sur un point essentiel : c’est Nicolas, son fils, qui lui fait un cadeau en ayant écrit Sortie de scène, qu’il joue, sous la direction de Daniel Benoin au Théâtre Hébertot, après la création de cette pièce très intéressante, la saison dernière, au centre dramatique de Nice.

Pour l’heure, écoutons-les. Elle, si belle, fin visage aux traits aristocratiques, prunelle vive d’un brun très chaud, teint délicatement mat, cheveux sombres, gracile et fine, sourire éclaboussant d’intelligence. Rachida Khalil. On la connaît depuis longtemps. Une fille qui se bouge. Née à Réchida au Maroc. Un de ces villages du nord-est du pays où le temps a longtemps été suspendu. Douceur agreste. « On allait chercher l’eau au puits. On élevait des chèvres dans de superbes paysages... C’était doux, mais très loin de la réalité du monde et pas de paraboles pour capter la télévision puisqu’il n’y avait pas l’électricité... » Ce monde à la Daphnis et Chloé, elle va le quitter à l’âge de 5 ans pour rejoindre, avec sa mère et sa petite soeur, son père qui travaille en France. Mantes-la-Jolie. Val-Fourré. C’est là qu’elle va s’initier au théâtre auprès d’Ahmed Madani, formidable chef de troupe, de groupe, auteur et metteur en scène très attachant.

Guy Bedos aussi vient d’ailleurs. « C’est vrai. J’avais 16 ans... Ce fut aussi un arrachement. Mais je parlais français, moi ! » Maroc, Algérie. Ils ont en partage les humeurs du fier Maghreb. Des couleurs, des saveurs, des odeurs. Du soleil. « Je ne me fais pas toujours pas au ciel gris ! », dit-il. Pour la nostalgie et les matins radieux, il a la Corse. « Je suis un maquisard », glisse-t-il, amusé. Comme les jeunes chats, nés dans la campagne âpre de l’île et qui font bon ménage avec le petit chien de la maison, joueurs et bien curieux.

Maquisard. Oui. Toujours à côté. En position d’observateur. Un peu comme elle. Une fille qui n’a pas peur des mots, Rachida. « C’est Olivier Meyer, le directeur du Théâtre Jean-Vilar de Suresnes, qui m’avait conseillé de me faire aider pour écrire, mieux écrire. J’ai tout de suite lancé le nom de Guy Bedos. » Elle le précise : « Quand j’étais petite, j’avais deux admirations, Fernand Raynaud, et puis, un peu plus tard, Guy Bedos... » Il rit. « Physiquement, tu me préférais, tout de même ! » Il a mis un peu de temps pour se décider. Il savait qu’elle y allait, la petite... « Elle avait participé à une soirée au Zénith contre le racisme et l’antisémitisme au cours de laquelle Boujenah avait lu un message de moi et j’avais su qu’elle avait pris la parole. » Beaucoup de cran, Rachida qui fustige dans son spectacle tous les travers de la société musulmane. « Elle m’a mis dans sa poche, concède-t-il. J’ai proposé des coupes, des ajouts, je lui ai fait gagner du temps et je lui ai donné quelques sketches. J’ai mis au féminin La Visite à Nazareth que je jouais moi-même et je lui ai donné Belle, belle, belle, un texte écrit pour Sophie Daumier. » Et l’espiègle Rachida ne se prive d’ailleurs pas d’imiter subtilement la délicieuse Sophie qui alors imitait avec esprit Brigitte Bardot !

Ravis et complices, unis par cette fraternité des planches qui ne connaît ni les frontières des origines ni celles de l’âge, on les devine en accord sur bien des plans. La vie, la société, la place des femmes, la bienveillance pour l’autre. « Je fais avec Rachida, explique Guy Bedos, sérieux, presque grave, ce que j’ai fait avec Pierre Desproges ou Muriel Robin. Il est bien d’accompagner. » Et de rappeler que l’auteur de La Minute nécessaire de M. Cyclopède ne voulait pas entendre parler de tréteaux et que c’est lui, Guy, qui l’a incité à franchir le pas.

Et oui. C’est vrai, il adore le talent des autres. Et il précise : « J’adore m’y frotter. » Il a eu la chance d’exceptionnelles rencontres, lorsqu’il était très jeune. « Après la rue Blanche, j’ai joué Arlequin poli par l’amour, j’ai monté Barberine de Musset, j’ai joué Shakespeare, Molière et j’ai été engagé par Jacques Charon pour une tournée au Moyen-Orient... Nous sortions à peine de l’école, Michel Aumont et moi... » Il fréquente, ce frêle Arlequin, la bande merveilleuse du grand Français d’alors. Charon et aussi Hirsch et aussi leur ami Chazot. « Ils m’appelaient la normale... !, se souvient-il, blagueur. J’ai beaucoup appris auprès d’eux... et j’avais mon autre bande, celle des machos, Belmondo, Marielle, Rochefort, Brasseur... » Dans ces années-là, c’est François Billetdoux, l’auteur de Tchin-Tchin, qui l’encouragera à écrire. A la Galerie 55, il joue Au vestiaire, saynette cocasse qu’il a composée pour Marielle et lui. Et c’est son amie Maria Pacôme qui le conduira à l’aventure formidable de Dragées au poivre, petit film miracle des années 60. Jacques Baratier – mais oui, le papa de Christophe –, le réalisateur, l’a écrit avec notre ami Eric Ollivier et le tout jeunot Guy de 1963. La crème des acteurs s’en donne à coeur joie derrière Bedos et Sophie Daumier... Après, il y a d’autres films et les spectacles en solo, si drôles, tellement toniques... Il a pris le maquis : « J’ai du mal à servir dans l’armée régulière. »

Le temps a passé. Il a retrouvé le théâtre et on n’oubliera pas de si tôt l’extraordinaire Arturo Ui de Brecht qu’il a été sous la direction de Jérôme Savary. Le temps passe. Mais la barbe blanche est un leurre : Guy Bedos est la jeunesse même. Et un père très responsable, très attentif, très fier de ses enfants. Leslie, et aussi Victoria, 21 ans, qui est journaliste. Et puis Nicolas, donc, 24 ans aujourd’hui. Sortie de scène a été composée il y a deux ans. Une histoire d’auteur dramatique un peu amer, un peu malade. Il y a du Molière – et une femme de ménage épatante – et du Anouilh, pour la férocité désenchantée, l’angoisse qui turlupinent Pierre Monceau. Une personnalité, Nicolas. Pas de doute. « Passer, partager », c’est toute la vie de Guy Bedos.

Armelle Héliot - Le Figaro

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