Le conducteur et le contrôleur vont boire un café : leur train repart avec un Marocain endormi à bord

- 09h00 - Monde - Ecrit par : Nadia El Aoudani

Un Marocain dormait seul dans un train italien lorsque le conducteur et le contrôleur sont descendus prendre un café. Le convoi est reparti sans eux avant de dérailler à 78 km/h. Six ans après cet accident, un responsable ferroviaire s’explique devant la justice sur deux pièces du système de freinage.

Le 19 août 2020, le train régional de Trenord vient d’atteindre son terminus à Paderno-Robbiate, près de Milan. Le conducteur et le contrôleur descendent pour une pause au bar. À bord, Salak El Mansouri, un Marocain d’une cinquantaine d’années, dort encore. Quelques minutes plus tard, le train se remet en mouvement, sans personne aux commandes.

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Le conducteur tente de rattraper le convoi en courant le long des voies, mais chute et se blesse. Les agents ferroviaires préviennent les gares suivantes. À Carnate, ils décident d’aiguiller le train vers une voie en impasse pour éviter une catastrophe plus importante.

Selon le rapport officiel d’enquête ferroviaire, le train parcourt environ six kilomètres et atteint 78 km/h avant de heurter un butoir et de dérailler. Plusieurs voitures sont projetées hors des rails. Le passager marocain se trouve dans la partie arrière du convoi, dont les voitures restent sur les voies. Il s’en sort avec des blessures.

L’histoire de Salak El Mansouri connaît ensuite un autre développement. Il décède de causes indépendantes de l’accident, alors qu’il s’était constitué partie civile. Ses héritiers doivent être retrouvés, notamment certains membres de sa famille restés au Maroc. Selon le quotidien italien Il Giorno, ils ont finalement obtenu une indemnisation, dont le montant n’a pas été communiqué.

Deux pièces de freinage au cœur du procès

Six ans après le déraillement, six employés de Trenord sont toujours poursuivis devant le tribunal de Monza. Le conducteur, le contrôleur et deux agents de maintenance répondent d’accusations de catastrophe ferroviaire et de blessures involontaires. Deux responsables sont également poursuivis pour tentative d’entrave à l’enquête et fraude dans une procédure pénale.

À l’audience du jeudi 5 novembre 2026, Giorgio Colombo, directeur technique et de la maintenance, a dû s’expliquer sur deux pièces du système de freinage retirées de l’épave. L’accusation lui reproche, avec un autre responsable, d’avoir fait enlever puis dissimuler ces éléments.

Le dirigeant affirme avoir demandé leur récupération pour les conserver en sécurité. Selon ses déclarations rapportées par Il Giorno, il se trouvait aux obsèques de sa mère lorsqu’il a appris que les enquêteurs recherchaient ces pièces. Il assure avoir ensuite prévenu son avocat et souhaité fournir des explications au procureur.

Le rapport technique publié en 2022 signalait déjà que les deux dispositifs avaient été retrouvés dans un atelier de maintenance de Trenord, après avoir été absents lors d’une inspection de l’épave. Leur déplacement avait compliqué les expertises.

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Le procès doit reprendre en décembre 2026. Après plus de six années de procédure, la question de la prescription des infractions poursuivies se pose désormais devant les magistrats italiens.