Ils croyaient toucher 733 euros en Espagne, ils ont fini sans manger à Sebta

- 21h00 - Espagne - Ecrit par : Sébastien A.

Passer à Sebta ne donne droit ni à un revenu mensuel, ni à une allocation chômage, ni à un logement. Une assistance d’urgence peut être accordée aux personnes vulnérables, mais elle dépend de critères précis et des places disponibles.

Brahim avait quitté son emploi dans une boulangerie de Fès avec l’espoir de construire une vie meilleure en Espagne. Après avoir franchi la frontière de Sebta, il a pourtant passé trois jours en ne buvant que de l’eau.

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« Nous sommes venus pour avancer, pas pour être trompés », a-t-il confié à Reuters. Sur place, le jeune Marocain disait ne pas pouvoir payer les prix demandés pour manger. Un sandwich au thon aurait été vendu 100 dirhams.

Comme lui, de nombreux nouveaux arrivants pensaient trouver immédiatement de la nourriture, un lit et une prise en charge par les autorités espagnoles. Ils ont découvert un centre d’accueil saturé et des milliers de personnes livrées à elles-mêmes dans les rues.

Un travailleur humanitaire interrogé par Reuters a confirmé que le Centre de séjour temporaire pour immigrés de Sebta était plein et ne pouvait plus accueillir personne. Des jeunes attendaient à proximité pour obtenir de l’eau, tandis que d’autres dormaient sur les plages, les pelouses ou les hauteurs de la ville.

Un couple marocain arrivé avec sa fille de trois ans, atteinte d’asthme, a décidé de repartir après seulement une journée. « Nous partons parce qu’il n’y a pas de nourriture. Nous avons de l’argent, mais personne ne veut nous vendre du lait pour la petite », a raconté la mère dans un reportage d’El País.

Une autre jeune femme a passé la nuit dans la rue, près d’un supermarché, sans rien manger de la journée. Elle espérait rejoindre son mari à Madrid. Son entrée à Sebta ne lui a pourtant apporté ni hébergement, ni billet pour la péninsule, ni aide financière.

Pas de 733 euros en arrivant

L’Espagne dispose bien d’un programme d’attention humanitaire destiné aux migrants arrivés irrégulièrement par les côtes, Sebta ou Melilla. Mais ce dispositif ne correspond pas à une allocation sociale distribuée à toute personne qui franchit la frontière.

Le ministère espagnol de l’Inclusion explique que ce programme est réservé aux personnes sans ressources se trouvant dans une situation de vulnérabilité, notamment en raison de leur état physique ou psychologique et de l’absence de soutien familial ou social.

Après évaluation, l’assistance peut comprendre un hébergement, des repas, des vêtements, des produits d’hygiène, des soins de base ou une orientation juridique. Des femmes enceintes, des malades, des personnes handicapées, des victimes de violences ou des familles avec enfants peuvent être considérées comme prioritaires.

Cette aide répond à une urgence. Elle ne donne pas un appartement, un salaire ou de l’argent permettant de commencer librement une nouvelle vie en Espagne. Et lorsque des dizaines de milliers de personnes arrivent simultanément, les centres et les associations ne disposent pas d’une place pour chacune d’elles.

Il ne faut pas davantage confondre cette assistance avec le revenu minimum espagnol. En 2026, l’Ingreso Mínimo Vital peut atteindre 733,60 euros par mois pour une personne seule remplissant toutes les conditions. Mais un jeune qui vient d’entrer clandestinement à Sebta ne peut pas le réclamer.

Les règles officielles de l’Ingreso Mínimo Vital imposent notamment d’avoir résidé légalement et effectivement en Espagne durant au moins l’année précédant la demande. Le demandeur doit généralement avoir au moins 23 ans et présenter une situation administrative, familiale et financière vérifiable.

Une présence irrégulière ne remplit donc pas la condition de résidence légale. Dormir quelques nuits à Sebta, se faire recenser par la police ou recevoir un repas d’une association ne permet pas de toucher cette prestation.

L’allocation chômage n’est pas davantage offerte aux nouveaux arrivants. Elle repose sur des périodes de travail déclaré et des cotisations versées à la Sécurité sociale espagnole. Un jeune arrivé sans titre de séjour, sans autorisation de travail et sans aucune cotisation ne dispose d’aucun droit immédiat au chômage.

L’accueil accordé aux demandeurs d’asile obéit également à une autre logique. Le système espagnol de protection internationale couvre les besoins essentiels des personnes ayant demandé ou obtenu une protection et ne disposant pas de ressources. Il ne suffit pas de se déclarer à la recherche d’un meilleur travail pour relever automatiquement de l’asile.

Une aide humanitaire peut donc empêcher une personne vulnérable de rester sans nourriture ou sans soins. Elle ne transforme pas une entrée irrégulière en droit au logement, en revenu mensuel ou en installation garantie en Espagne.

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Pour Brahim, l’aide sociale imaginée avant le départ n’est jamais arrivée. Après trois jours à boire uniquement de l’eau et sans possibilité de rejoindre la péninsule, il a repris le chemin du Maroc.