Ils rêvaient d’un visa pour l’Espagne, ils ont fini affamés à Sebta

- 05h00 - Espagne - Ecrit par : Mohamed A.

Des jeunes Marocains ont traversé la frontière de Sebta après avoir cru qu’ils seraient hébergés puis autorisés à rejoindre l’Espagne continentale. Certains ont découvert la vérité après une nuit dehors : aucun accueil garanti, aucun visa et parfois même rien à manger.

Mohamed avait fait près de 300 kilomètres depuis Fès pour rejoindre Fnideq. À 18 ans, sans emploi ni études, il avait entendu qu’une fois entré à Sebta, les jeunes seraient accueillis par l’Espagne et recevraient un document permettant de prendre le bateau vers Algésiras.

Sur Bladi.net : Sebta : ils rêvaient de l’eldorado espagnol, ils ont dormi dehors

Il a franchi la frontière. Dès le lendemain, il était pourtant de retour au Maroc, épuisé, assis avec d’autres jeunes devant un café fermé.

« On nous avait promis un lieu d’accueil et un visa, mais tout était faux », a-t-il confié à un journaliste d’El País présent à Fnideq.

Comme lui, des milliers de Marocains ont découvert que franchir la frontière ne déclenchait aucune prise en charge automatique. Beaucoup ont dormi dans des jardins ou sur des terrains vagues. Pour manger, ils ont dû compter sur des habitants ou demander à leur famille de leur envoyer de l’argent.

Le rêve d’obtenir rapidement des papiers, un hébergement et un passage vers la péninsule s’est effondré en quelques heures. Dès vendredi, les routes de Fnideq étaient remplies de jeunes qui cherchaient une voiture, un bus ou quelques dirhams pour rentrer chez eux.

Les réseaux sociaux leur ont vendu un passage facile

À l’origine de cette ruée se trouvent notamment des vidéos et des messages diffusés sur les réseaux sociaux. Ils laissaient croire que la frontière était ouverte et que les personnes arrivant à la nage ne pourraient plus être renvoyées vers le Maroc.

Ayoub El Abyad, un Marocain de 16 ans, se trouvait encore à douze heures de route de Sebta lorsqu’il a vu sur Instagram des images montrant des migrants ayant réussi à entrer. Avec son cousin, il a immédiatement décidé de tenter sa chance.

« Nous voulions améliorer notre vie », a-t-il expliqué à Reuters après être arrivé à Sebta en faisant une partie du voyage en auto-stop.

Les rumeurs déformaient une décision récente de la justice espagnole. Celle-ci interdit certains refoulements immédiats en mer, mais elle ne donne ni titre de séjour ni droit de rester définitivement en Espagne. Une personne peut toujours faire l’objet d’une procédure normale de retour.

Le ministère espagnol des Affaires étrangères a lui-même accusé les auteurs de messages trompeurs d’avoir fait croire aux jeunes qu’une arrivée par la mer leur permettrait de rester.

Une autre idée fausse circulait : une fois à Sebta, les nouveaux arrivants pourraient prendre librement un ferry pour Algésiras. Or, sans documents valables ou décision des autorités, atteindre l’enclave espagnole ne permet pas de rejoindre automatiquement l’Espagne continentale.

Ceuta est administrée par l’Espagne, mais elle reste séparée de la péninsule par le détroit de Gibraltar. Pour beaucoup de jeunes, le voyage s’est donc arrêté à quelques kilomètres de Fnideq, bien loin de Madrid, Barcelone ou de la France.

Certains pensaient également profiter de la régularisation extraordinaire décidée par l’Espagne. Mais ce dispositif concerne des étrangers déjà présents sur le territoire avant une date déterminée. Il ne s’applique pas aux personnes venant de franchir la frontière.

Le retour a été brutal. Un jeune Marocain originaire de Tanger a expliqué à Reuters dans un autre reportage réalisé à la frontière qu’il ne savait même plus pourquoi il était venu. Il n’avait rien mangé depuis la veille malgré l’argent emporté avec lui.

Ayman, un coiffeur de 20 ans venu de Larache, avait nagé pendant cinq heures pour atteindre Sebta. Il a raconté n’avoir trouvé aucune nourriture sur place avant de reprendre le chemin du Maroc.

Les réseaux sociaux leur avaient montré ceux qui couraient dans les rues de Sebta après avoir réussi le passage. Ils n’avaient pas montré la nuit passée dehors, la faim, l’impossibilité de prendre le bateau et le retour à pied vers Fnideq.

Sur Bladi.net : Un Français gifle sa compagne au port et tente de passer au Maroc

Pour Mohamed, le visa promis n’a jamais existé. Le logement non plus. Son entrée en Espagne aura duré moins d’une journée avant de se terminer exactement là où elle avait commencé.