Drones militaires : Le Maroc accélère, l’Espagne reste au sol

- 08h00 - Maroc - Ecrit par : Farid Laamoudi

En combinant fabrication locale et intelligence artificielle, l’armée marocaine prend une avance décisive dans la course aux drones. Face à cette force de frappe éprouvée au combat, l’Espagne peine à déployer ses propres aéronefs armés.

Les drones marocains frappent des cibles avec une régularité qu’aucune armée européenne, à l’exception de l’Ukraine, ne peut égaler. Forte de cette expérience acquise au Sahara, l’armée franchit un nouveau cap au salon Eurosatory de Paris. Elle y a scellé une alliance stratégique avec Harmattan AI, une startup fondée par un ingénieur de Rabat et récemment financée à hauteur de 200 millions de dollars. Ce partenariat vise à développer des drones d’attaque et une défense aérienne autonome. Dans les faits, « ce n’est pas un contrat de matériel en soi, c’est un contrat de cerveau ».

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Cette doctrine offensive s’appuie sur une volonté claire : concevoir, programmer et utiliser ses propres flottes de combat. Depuis un accord conclu en décembre 2024, une usine du constructeur turc Baykar sort de terre pour produire localement le Bayraktar Akinci, un aéronef de haute altitude largement validé sur le terrain. La stratégie privilégie ainsi la quantité, l’autonomie liée à l’intelligence artificielle et l’accumulation de précieuses heures de vol.

De l’autre côté du détroit de Gibraltar, la réponse manque cruellement de mordant. L’Espagne a déboursé 500 millions d’euros pour acquérir 27 exemplaires du SIRTAP développé par Airbus à Getafe. Si la fiche technique affiche des performances honorables — 750 kilos, 2 000 kilomètres de portée et plus de vingt heures de vol —, l’engin souffre d’une lacune majeure : il s’agit d’une plateforme d’observation incapable de tirer. L’armée de terre espagnole a bien réclamé une variante armée, mais celle-ci n’existe pour l’instant que sur le papier.

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Madrid conserve néanmoins une supériorité technologique indéniable en matière de capteurs et de guerre électronique. L’intégration prévue du logiciel d’autonomie américain Hivemind pourrait d’ailleurs combler ce vide et transformer ces appareils de surveillance en véritables nœuds de combat. Toutefois, selon Escudo Digital, le calendrier joue irrémédiablement contre les Européens. Les vols d’essai du SIRTAP ne débuteront qu’au second semestre, pour une première livraison prévue en 2027 au plus tôt. Une lenteur administrative et logistique qui laisse le Maroc fabriquer son propre avantage dans les airs.