Drones, missiles, guerre électronique : Washington transforme le Maroc en laboratoire grandeur nature

- 10h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Le Maroc change de dimension dans le dispositif militaire américain. Washington vient d’intégrer le Royaume à un réseau de cinq terrains où les industriels pourront expérimenter drones, systèmes antidrones, missiles et nouvelles technologies de combat. C’est le seul site du dispositif situé hors des États-Unis.

L’annonce a été faite officiellement par l’US Army Quatre terrains américains ont été retenus : Dugway dans l’Utah, Yuma en Arizona, Camp Shelby dans le Mississippi et Camp Grayling dans le Michigan. Le cinquième est le complexe d’entraînement multidomaine lié au futur AMTEC au Maroc.

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La nouveauté ne réside donc plus dans le simple fait que les Américains testent une arme au Maroc. Bladi avait déjà révélé l’essai du missile de croisière Anthem à Tan-Tan. Cette fois, l’armée américaine institutionnalise le procédé : le terrain marocain doit devenir l’un des endroits où l’industrie de défense pourra venir expérimenter régulièrement ses nouveaux équipements.

Et le dispositif est largement ouvert. Une entreprise n’a même pas besoin de posséder un contrat avec le gouvernement américain ou d’avoir déjà une relation avec une agence fédérale pour demander l’accès à ces terrains. L’armée veut attirer plus rapidement des développeurs capables de proposer de nouveaux drones, moyens de lutte antidrone, systèmes de frappe à longue portée ou intercepteurs à bas coût.

Tester dans les conditions d’une vraie guerre

L’objectif n’est pas uniquement de disposer de grands espaces pour tirer un missile ou faire voler un drone. L’US Army veut confronter les systèmes à des conditions proches de celles rencontrées sur les champs de bataille modernes : espace aérien contesté, signaux dégradés, brouillage et fonctionnement dans l’ensemble du spectre électromagnétique.

C’est précisément l’une des caractéristiques mises en avant pour le site marocain. Le complexe doit permettre de travailler dans un environnement électromagnétique complet et dans des conditions dites « contestées ». La guerre électronique devient ainsi une composante à part entière des expérimentations prévues, au même titre que les drones ou les frappes à longue portée.

Washington veut surtout raccourcir radicalement le cycle de développement des armes. Le principe défendu par l’US Army est simple : tester un prototype, constater ses faiblesses, le modifier puis recommencer rapidement. Au lieu d’attendre qu’un équipement soit presque achevé avant de le confronter aux militaires, industriels, ingénieurs et utilisateurs doivent pouvoir multiplier les essais beaucoup plus tôt.

Pour le commandant d’AFRICOM, le général Dagvin Anderson, AMTEC doit ainsi offrir à l’industrie de défense un site international où expérimenter, innover et développer à grande échelle des solutions de frappe à longue portée et d’autres technologies émergentes.

Le projet dépasse donc désormais la coopération classique entre les Forces armées royales et l’armée américaine. L’AMTEC, que Rabat et Washington veulent progressivement installer à Tan-Tan, doit réunir une zone d’entraînement multidomaine, une académie des drones et un centre d’innovation et d’expérimentation.

Le missile Anthem testé début août prend alors une autre signification. Il n’était pas seulement une nouvelle arme américaine expérimentée au Maroc, mais l’une des premières démonstrations de ce que Washington veut désormais généraliser : faire venir des industriels, tester rapidement leurs technologies dans des conditions militaires réelles et recommencer avec les systèmes suivants.

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Drones, antidrones, missiles et guerre électronique : le Maroc ne sera donc plus seulement un partenaire accueillant des exercices américains. Il devient aussi l’un des terrains où une partie des technologies destinées aux futurs champs de bataille pourra être mise à l’épreuve avant même d’être éventuellement retenue par l’armée américaine.