Écoles françaises au Maroc : où sont passés les millions d’euros des parents d’élèves ?
Face à la flambée des frais de scolarité, la colère gronde dans les établissements français de Casablanca et Mohammedia. Les familles exigent des comptes sur d’importants fonds encaissés pour des travaux de rénovation qui n’ont jamais débuté.
Tout part d’un ambitieux plan immobilier dévoilé en 2021 pour moderniser plusieurs sites vieillissants du pôle Casablanca-Mohammedia, dont le collège Anatole-France ou encore l’école Ernest-Renan. Pour financer ce chantier initialement chiffré à 16 millions d’euros, les foyers ont subi de fortes hausses tarifaires ayant permis de provisionner près de 15 millions d’euros, selon les informations de Jeune Afrique. Pourtant, cinq années se sont écoulées et la première pierre se fait toujours attendre, tandis que la facture globale frôle désormais les 21 millions. Face à ces infrastructures fantômes, l’amertume est palpable : « Les enfants vont avoir leur bac sans jamais bénéficier des infrastructures pour lesquelles leurs parents ont payé », s’indigne un père de famille.
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Devant cet « immobilisme administratif devenu inacceptable », trois grandes associations représentant 12 000 parents ont tapé du poing sur la table le 18 mai dernier via une lettre ouverte à la direction de l’AEFE et aux différents ministères concernés. Ce ras-le-bol intervient dans un contexte financier étouffant. Avec une année scolaire coûtant couramment entre 40 000 et 50 000 dirhams par enfant, et de nouvelles augmentations de 8 à 9 % redoutées à la rentrée, les familles dénoncent un transfert abusif de charges. L’État français se désengage progressivement, obligeant les parents à financer indirectement les retraites des professeurs détachés ou le coût global du rayonnement francophone.
Les raisons de ce surplace agacent autant que la facture. Englués dans les méandres de l’administration hexagonale, les fonds dorment sans que les établissements ne puissent lancer les opérations. « On ne sait rien. Bercy et l’Éducation nationale se renvoient la patate chaude », peste un parent d’élève, pointant du doigt un système ultra-centralisé. Même si les recettes casablancaises sont excellentes, l’argent excédentaire est régulièrement réabsorbé par le réseau mondial. Le traumatisme d’anciennes promesses non tenues refait logiquement surface : « Dans les mémoires, il y a aussi le cas Beaulieu : on nous parlait d’un collège, on a fini avec une piscine », ironise un autre témoin.
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Face à cette profonde rupture de confiance, les représentants exigent un moratoire immédiat sur toute nouvelle hausse tarifaire pour l’année 2026-2027, au moins jusqu’au démarrage effectif des chantiers. Ils réclament par ailleurs un calendrier de réalisation transparent. Les familles marocaines, qui consentaient jusqu’ici à d’énormes sacrifices financiers pour offrir un cursus d’excellence à leurs enfants, doutent désormais de la crédibilité même de l’institution gérée par Paris. « Donnez-nous une ligne directrice, un horizon. Où va l’argent ? », conclut un parent, illustrant une lassitude générale face au silence administratif.