L’Espagne veut profiter du Maroc sans se faire dépasser

- 21h00 - Espagne - Ecrit par : Sébastien A.

L’industrie automobile marocaine monte en puissance, mais Madrid refuse d’en faire une menace frontale. Dans une réponse au Parlement, le gouvernement espagnol dessine une ligne plus subtile : coopérer avec le Maroc, tout en protégeant ses usines, ses emplois et sa souveraineté industrielle.

La question venait de Vox, formation d’extrême droite. Plusieurs députés du parti espagnol ont interpellé le gouvernement sur la compétitivité croissante de l’industrie automobile marocaine. Derrière cette demande, une inquiétude évidente : le Maroc produit de plus en plus de véhicules, attire des constructeurs, exporte vers l’Europe et s’impose comme une plateforme industrielle à quelques kilomètres de l’Espagne.

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Mais la réponse de Madrid ne suit pas le scénario d’une confrontation directe. Le gouvernement espagnol refuse de présenter le Maroc comme un adversaire industriel de l’Europe. Il affirme au contraire que la montée de l’automobile marocaine peut être une occasion de renforcer les relations économiques et institutionnelles entre les deux pays.

La formule est importante : pour l’Espagne, le Maroc n’est pas un “rival systémique” de l’Union européenne, contrairement à des puissances comme les États-Unis ou la Chine. Il est décrit comme un partenaire stratégique sur lequel les entreprises espagnoles et européennes peuvent s’appuyer pour leurs projets d’expansion.

Mais cette ouverture n’est pas sans conditions. Madrid insiste sur la nécessité de protéger l’emploi, de renforcer l’écosystème industriel local et de garantir des règles de concurrence équilibrées. Autrement dit, l’Espagne veut travailler avec le Maroc, mais pas au prix d’un affaiblissement de ses propres usines.

Un partenaire utile, mais surveillé

La réponse espagnole montre ainsi une doctrine plus fine qu’une simple peur de la concurrence marocaine. Madrid ne veut pas fermer la porte au Maroc. Elle veut éviter que la transition automobile, notamment électrique, ne déplace trop de valeur industrielle hors d’Espagne.

C’est dans ce contexte que le gouvernement met en avant les outils européens et nationaux destinés à protéger le secteur. Il cite notamment le futur Industrial Accelerator Act, qui introduit le principe du “Made in Europe” pour accéder à certains soutiens publics, ainsi que le Plan España Auto 2030, présenté comme l’axe central de la reindustrialisation automobile espagnole.

L’objectif est clair : attirer davantage de production de batteries, de composants et de véhicules électriques en Espagne pour compenser la perte d’emplois liée au recul des moteurs traditionnels. Madrid veut accélérer les investissements, former les travailleurs et installer de nouvelles lignes de production dans le pays.

Le gouvernement espagnol dit aussi maintenir une “vigilance active” sur le secteur des composants automobiles. Il veut suivre l’évolution de l’écosystème industriel, détecter les changements de tendance et identifier les menaces comme les opportunités.

C’est là que le Maroc occupe une place particulière. L’Espagne accueille l’investissement marocain et reconnaît l’intérêt d’un partenariat renforcé, mais elle admet aussi les risques liés aux asymétries, aux dépendances et à la concurrence industrielle.

La relation est donc présentée comme un équilibre à construire. Madrid parle de réciprocité, de réalisme et de recherche d’un équilibre plus autonome. En clair, l’Espagne veut profiter de la dynamique marocaine, sans laisser cette dynamique se retourner contre son propre appareil industriel.

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Pour le Maroc, cette réponse officielle confirme une évolution importante : son industrie automobile n’est plus regardée comme un simple relais de production à bas coût. Elle est désormais suffisamment forte pour entrer dans les calculs stratégiques de Madrid et de Bruxelles.