Fès, l’impériale : « Infiniment vieille et infiniment sainte »

- 16h05 - Maroc - Ecrit par :

Fès la séculaire est un peu à l’écart des grands circuits touristiques marocains. Le voyageur qui fera l’effort de la découvrir sera largement récompensé tant elle est restée authentique et fourmille de trésors et tant la spiritualité du Maroc ancestral y est présente à chaque tournant des ruelles de sa célèbre médina.

Fès, sur les traces de deux écrivains français des deux siècles écoulés que l’entrée dans le troisième millénaire n’a pas effacées, tant sont vivaces les traditions dans cette ville moins prisée par le tourisme de masse que sa rivale Marrakech ou qu’Agadir, qui incitent d’avantage au farniente balnéaire.

Pierre Loti et la grande Colette ont chanté les louanges de cette perle de la couronne des villes impériales. Le premier y avait été mandé en 1889 par Jules Patenôtre, nouveau ministre de France à Tanger, pour rehausser l’éclat de la délégation l’accompagnant à Fès, où il devait présenter ses lettres de créances au sultan Moulay-Hassan. « Infiniment vieille et infiniment sainte » lui apparut la cité fondée en 789 de notre ère par Idriss Ier, dont il fait une description pittoresque et précieuse dans « Au Maroc », bien plus qu’un simple journal de voyage. La seconde y séjourna à l’invitation du Glaoui, pacha de Marrakech, qui lui laissa la jouissance, entre autres résidences marocaines, de son somptueux palais fezzan. Elle y retourna en 1938, « non point pour connaître mieux Fès - connaît-on jamais Fès ? », mais pour suivre pour « Paris-Soir » le procès d’Oum-el-Hassen, tenancière d’une maison de prostitution et très liée aux militaires français du Protectorat, accusée de diverses morts et disparitions de ses pensionnaires.

Un dédale de 9 000 rues
Cliquez pour voir l’image dans sa taille originale
Un dédale de 9 000 ruelles(Photo P.Hamon)

Tous deux décrivent une ville impénétrable, infiniment mystérieuse et spirituelle, et toute une vie grouillante dans la vieille ville, aujourd’hui plus salubre mais au parfum moyenâgeux toujours aussi vivace. Fès el-Bali, la plus grande des médinas du monde islamique, située dans une cuvette qui lui donne une géographie si singulière, est un dédale de quelque 9 000 rues couvertes, obscures, qui serpentent, s’enchevêtrent en tous sens entre de grandes murailles noires. S’aventurer dans les ruelles au tracé inextricable est une plongée dans le temps et, si les mosquées restent inaccessibles, il y a énormément à découvrir : les échoppes des bazars, parfois à peine plus grandes qu’une niche, organisées par spécialités ; les riads, ces maisons à jardins intérieurs, qui, au printemps, exhalent leur suave odeur de fleur d’oranger, parfois transformées en hôtels de charme ; et les medersas, écoles ancêtres de nos internats qui, grâce à des initiatives et à des fonds souvent privés, recouvrent une à une leur lustre d’antan.
Dans les souks, il est possible de voir travailler les tisserands, les brocardiers, espèce en voie de disparition qui tissent les fils d’or au sein de riches étoffes destinées aux habits d’apparat, les potiers au tour de main expert et infaillible, tous les métiers du bois et de la laine. Et les tanneurs : d’une terrasse, on peut les voir plonger, piétiner et pétrir les peaux de moutons selon des techniques séculaires, dans des cuves remplies de teintures de couleurs changeant avec la demande du marché jusqu’à les mener à l’état du célèbre maroquin, reliure de nos livres les plus précieux. Sans oublier cet apothicaire, propre à démoraliser le corps médical dans sa totalité, qui, sur une petite table, propose du henné au safran, du rassoul à la cardamome, la parade à toutes les maladies réputées incurables ! Inutile de préciser son adresse, n’importe quel guide vous y conduira et son don du commerce égalant au moins son génie curateur, on vous met au défi d’en ressortir les mains vides.
Si les ruelles ne sont plus parcourues par des cavaliers, le nerf du transport urbain reste les ânes, « qui espèrent toujours succomber sous leur charge et ne succombent point » (Colette, « Prisons et Paradis »). Chargés autant du transport de marchandises, bouteilles de gaz ou de Coca-Cola, que des ordures ménagères ou des gravats des travaux de construction, ils déboulent annoncés par l’imprécation Bâlek ! (Gare !). Rudoyés par leurs conducteurs, ils sont cependant protégés de la maltraitance par une législation locale.
Fès el-Jedid, la ville nouvelle, abrite le gigantesque palais royal et le Mellah, l’ancien quartier juif déserté par ses habitants fondateurs et siège d’un intense commerce, plus contemporain que celui de la médina. Il vaut aussi la visite pour son architecture arabo-andalouse, ses maisons à balcons en fer forgé qui le font ressembler à une petite Séville, ses synagogues et son cimetière. La ville moderne que l’on traverse sur le chemin de l’aéroport n’aura d’intérêt que pour qui recherche les souvenirs du Protectorat. En revanche, au nord des remparts, la zone des tombeaux des Mérénides offre une vue stupéfiante sur la médina, particulièrement au crépuscule.

Hospitalité

L’hospitalité marocaine est célèbre et la ville regorge d’hôtels au service impeccable et abrités par des maisons ou des palais. Manque encore le logement chez l’habitant, dont le succès va croissant en Europe ; il est à l’étude. Parmi les possibilités hôtelières, le Sofitel Palais Jamaï est ce que l’on peut rêver de mieux : le charme d’une ancienne demeure de vizir au XIXe siècle avec son jardin andalou, ses trois restaurants (le restaurant marocain est d’un raffinement difficile à égaler), son piano-bar repaire des noctambules de la ville, et la terrasse où l’agrément de la piscine et des tennis cède le pas à celui d’une vue qui embrasse la vieille ville, les plaines avoisinantes et les premiers contreforts de l’Atlas, probablement une des plus inoubliables au monde.
Pour qui préfère séjourner intra-muros, plusieurs riads offrent l’authenticité de leur cadre et la saveur de leur cuisine, comme L’Arabesque, à deux pas du Dar Jamaï, le Palais Mnebhi et le Shéhérazade, un des cadres les plus enchanteurs pour un dîner romantique.
Des excursions sont possibles au départ de Fès. Meknès, autre ville impériale, le « Versailles marocain », n’est guère éloignée, tout comme les ruines latino-berbères de Volubilis, les thermes de Moulay Yacoub aux eaux sulfureuses, spécialisés dans le traitement de la peau et des rhumatismes.
Si le visiteur d’aujourd’hui ne doit plus subir « les trois jours de quarantaine et de purification imposés toujours aux étrangers qui ont eu la faveur d’entrer à Fès » qu’aurait dû subir Loti s’il ne les avait transgressés, il faut bien ce minimum pour entrer dans la magie et appréhender les sortilèges d’une ville qui ne laisse entr’apercevoir ses charmes qu’au voyageur peu pressé et enclin à se débarrasser en entrant de ses préjugés.

Olivier BRUNEL pour http://www.quotimed.com

  • Maroc : destination Saharienne

    Le Maroc a quelque chose d'intime et de secret. C'est rustique et moderne à la fois. Si d'aventure vous vous laissez envoûter par son architecture, ses remparts et ses ruines, son couscous agrémenté de raisins secs…il vous le rendra au centuple. Voyage guidé.

  • Meknès, "cité interdite"

    Le nifé de la capitale du Zehroun, son point modal, là où l'énigme de Meknès vous fait bourdonner les oreilles, c'est peut-être cette simple voie asphaltée de quelques centaines de mètres, souvent déserte, courant tout droit vers Bab-Rih, entre deux hauts et vieux remparts sans ouvertures.

  • Inauguration du Marché Marocain à Marseille

    Lors de cette deuxième édition du Marché Marocain , tous les trésors du Maroc seront présentés sous 14 tentes jusqu'au 16 Mai. Entre des dégustations de pâtisseries orientales et de thé à la menthe, le public marseillais pourra également assister à de nombreuses démonstrations de maîtres - artisans et découvrir le savoir-faire marocain ancestral.

  • Plages marocaines recherchent investisseurs

    Une dizaine de stations balnéaires devraient voir le jour d'ici à 2010. L'Etat compte se charger de l'infrastructure (eau, énergie, routes) et confier le reste à des capitaux privés...

  • Le livre : Tétouan, ville andalouse marocaine

    « Une petite ville nommée Tétouan était apparue dès 710, mais ce n'était plus qu'une modeste bourgade à la fin du XVe siècle, avant l'arrivée des musulmans d'Andalousie fuyant la reconquête chrétienne. Les émigrés grenadins furent à l'origine de la renaissance de la ville et de son extraordinaire développement.

  • "Le Figaro magazine" consacre un dossier spécial à la ville de Fès

    "Le Figaro magazine" a consacré un dossier spécial, dans sa dernière édition, à la ville de Fès qui s'apprête à accueillir samedi prochain la dixième édition du Festival international des musiques sacrées du monde.

  • Les Juifs de Casablanca partagent le deuil des Musulmans

    Les quelques milliers de Juifs de Casablanca, qui ont résisté à l'exode massif de cette communauté vers Israël depuis 1948, partagent le sort et le deuil des Musulmans après les attentats du 16 mai, qui ont frappé deux cibles juives.

  • Une soirée châles et foulards

    Dans un F2 de Rabat meublé à l'occidentale, des privilégiés, déçus par un monde sans âme, veulent moderniser l'islam à petites touches pour retrouver leurs racines.

  • "Contes de sable et de pierres"

    En ces jours de tourmente moyen-orientale, il fait bon recevoir des images du désert autres que celles diffusées aux quatre coins du monde par CNN et ses dérivés. Fruit d'un long séjour au Maroc et en Algérie, Contes de sable et de pierres a donné à France Renaud l'occasion de broder autour de souvenirs personnels autant que de fables de caravaniers. Ces neuf "récits de brigands" nous emmènent à travers des dunes mi-réelles, mi-rêvées, quelque part entre Ali Baba et les 40 voleurs et les aventures africaines de Frison-Roche.

  • Raouf Oufkir : Mon « hôte » Hassan II !

    Au fil des ans, de 1972 à votre cavale de quelques jours, en 1987, vos conditions de détention deviennent de plus en plus épouvantables. Vous tenez pour acquis, dans le récit que vous en faites, que c'est Hassan II qui décide personnellement, et dans le moindre détail, du sort qui vous est réservé, et qu'il est donc directement responsable de cette descente aux enfers... J'affirme, en effet, qu'il en est ainsi et je mets au défi qui que ce soit de me contredire. Hassan II a toujours dirigé personnellement les affaires du royaume. A fortiori celles de ce qu'il appelait son « jardin secret », dont notre détention, cruelle et arbitraire, était le fleuron.