Fouzi Lekjaa : le Maroc prépare-t-il déjà son futur Premier ministre ?

- 12h00 - Maroc - Ecrit par : Said A.

Fouzi Lekjaa n’a encore annoncé ni candidature à la tête du gouvernement ni ambition personnelle. Pourtant, depuis son entrée spectaculaire au PAM, tout semble organisé pour que son nom apparaisse aux Marocains comme une évidence après les élections.

En politique, les grandes opérations ne commencent pas toujours par une déclaration de candidature. Elles commencent parfois par une habitude. On installe un visage, on multiplie ses responsabilités, on construit sa réputation et, le moment venu, on laisse l’opinion arriver seule à la conclusion souhaitée.

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Depuis plusieurs années, Fouzi Lekjaa suit précisément cette trajectoire.

Il a d’abord été l’homme du football marocain. Celui auquel ont été associés la transformation des infrastructures, le parcours historique des Lions de l’Atlas au Qatar, la montée en puissance des sélections de jeunes et l’influence retrouvée du Maroc dans les instances africaines et internationales.

Il est ensuite devenu l’homme des finances publiques, avec sa nomination comme ministre délégué chargé du Budget. Le dirigeant sportif s’est ainsi transformé en responsable gouvernemental, capable de parler déficit, fiscalité et dépenses publiques sans abandonner le terrain sur lequel il avait construit sa popularité.

Puis est venu le Mondial 2030. Fouzi Lekjaa s’est retrouvé au centre du plus grand chantier sportif, politique et économique que le Maroc devra conduire au cours des prochaines années. Un événement qui dépassera largement les stades : routes, aéroports, hôtels, transports, investissements et image internationale du Royaume seront engagés.

À ce stade, il ne manquait plus qu’une chose à son parcours : un parti.

Le scénario Lekjaa prend forme

Son arrivée au Parti authenticité et modernité, à moins de deux mois des élections législatives du 23 septembre, remplit précisément cette case. Il ne rejoint pas seulement le PAM comme un militant ordinaire. Il entre directement dans son bureau politique, sous les applaudissements, avec une stature nationale déjà supérieure à celle de nombreux dirigeants historiques de la formation.

L’impression d’une préparation ne repose donc pas sur une preuve secrète ou sur une déclaration officielle. Elle vient de l’alignement presque parfait des pièces : la popularité du football, la maîtrise du Budget, la responsabilité du Mondial 2030 et désormais l’appartenance à un parti susceptible de disputer la première place.

Jusqu’ici, le scrutin semblait devoir se résumer à un affrontement entre Aziz Akhannouch, comptable du bilan gouvernemental, et Abdelilah Benkirane, redevenu le porte-voix des mécontents. En quelques heures, Lekjaa a imposé un troisième scénario.

La réaction d’Aziz Akhannouch est, à ce titre, presque plus révélatrice que l’adhésion elle-même. En dénonçant un « mercato » politique et les partis qui recrutent des personnalités au dernier moment, le chef du gouvernement n’a pas cité Fouzi Lekjaa. Il n’en avait pas besoin. Tout le monde avait compris.

Lekjaa venait à peine d’entrer au PAM qu’il était déjà traité comme un adversaire potentiel.

Le choix du PAM n’est pas non plus anodin. Au RNI, Fouzi Lekjaa aurait évolué dans l’ombre d’Aziz Akhannouch et aurait dû porter le bilan du gouvernement sortant. À l’Istiqlal, il aurait dû composer avec une histoire, des clans et une culture militante ancienne. Au PAM, l’espace est presque entièrement libre.

Le parti possède des élus, des réseaux territoriaux et une place centrale dans la majorité, mais il lui manquait une personnalité populaire capable d’incarner une ambition nationale. Lekjaa apporte précisément ce que le PAM ne pouvait pas fabriquer seul : une image de compétence, une culture du résultat et une notoriété qui dépasse largement les électeurs habituels du parti.

La Constitution marocaine ne permet toutefois pas de désigner librement n’importe quel responsable à la tête du gouvernement. Son article 47 prévoit que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections législatives. Le PAM devrait donc d’abord gagner.

Mais le texte n’impose pas que la personne choisie soit nécessairement le secrétaire général ou le dirigeant officiel du parti. Si le PAM arrivait premier, la désignation de Fouzi Lekjaa deviendrait constitutionnellement possible.

Nous n’en sommes pas là. Sa candidature à Berkane doit encore être officiellement présentée, les Marocains doivent voter et le PAM doit devancer ses concurrents. Rien ne permet donc d’affirmer que le prochain gouvernement sera dirigé par Fouzi Lekjaa.

Mais tout semble fait pour que cette possibilité ne paraisse plus extravagante.

Il y a encore quelques mois, Fouzi Lekjaa était un ministre technocrate et le puissant président de la Fédération royale marocaine de football. Aujourd’hui, il est devenu un homme politique, un candidat probable et un Premier ministre possible.

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Peut-être n’est-il pas encore préparé à gouverner. Mais, manifestement, le Maroc commence déjà à être préparé à l’idée qu’il pourrait le faire.