Khadija Arib députée au pays des tulipes

- 23h53 - Monde - Ecrit par : Bladi.net

Une Marocaine députée au Parlement hollandais. Un exploit ? Peut-être, mais ce succès est plutôt le symbole d’une parfaite intégration d’une d’immigrée marocaine dans la société néerlandaise. Khadija Arib est représentante de la nation hollandaise depuis 1998 et elle en est aujourd’hui à son troisième mandat. Comment une immigrée marocaine est-elle arrivée à se hisser si haut ?

Khadija Arib vit le jour, en 1960, à Ouled Saïd, à quelques encablures de Settat. Son père est un propriétaire terrien prospère... pas pour longtemps. La fortune dont il a hérité est dilapidée en l’espace de quelques années. En désespoir de cause, ses parents émigrent alors à Casablanca, et s’installent au quartier Derb El Kabir. Mais tout cela ne fait pas vivre la famille. En 1967, le père décide de liquider ses derniers biens et mettre le cap sur Amsterdam à la recherche d’un boulot. Khadija, fille unique, restera avec sa mère au Maroc
En 1975, à quinze ans, la jeune fille rejoint son père. A son arrivée à Amsterdam, Khadija n’avait aucune idée de ce qu’était la politique, parlait à peine le français et pas un traître mot de néerlandais. Durant les premiers mois de son séjour, l’adolescente refusait de défaire sa valise, caressant toujours l’espoir d’un éventuel retour au pays. Quand elle se penchait à sa fenêtre le matin pour scruter la rue, pas âme qui vive, pas voix qui s’élève : elle se rappelait alors les appels du marchand de menthe et le chant du coq qui la réveillait à Derb El Kabir. Mais la décision du père était irrévocable et Khadija dût s’adapter.

Elle devient assistante sociale et suit des cours à l’université
En Hollande, le plus gros des regroupements familiaux avait eu lieu au cours des années 1970. La commune où habitait Khadija lui a alors proposé des cours d’alphabétisation pour la communauté marocaine habitant le même quartier qu’elle. On lui confia ensuite un autre travail : accueillir et prendre en main ceux parmi les Marocains qui étaient à la recherche d’un boulot, d’un toit, d’un conseil. De fil en aiguille, elle enrichit son expérience, et son vocabulaire, tant et si bien qu’elle décrocha une place à l’Académie sociale pour devenir assistante. Puis, une place à l’université pour suivre des cours de sociologie. Une formation qui l’aidera plus tard à saisir les subtilités et les avatars de l’immigration. « Mon expérience comme assistante sociale m’a appris une chose, corroborée après le 11 septembre : l’immigré marocain a beau être né en Hollande, en maîtriser la langue, avoir acquis une bonne situation sociale, on lui fait toujours comprendre qu’il est un étranger, un musulman dont il faut se méfier. Mes collègues députés ne disent plus qu’il y a parmi eux une Marocaine, mais une musulmane.
Au début des années 1980, Khadija s’investit dans l’associatif, et crée l’Union des femmes marocaines en Hollande, association qui milite contre les lois discriminatoires du pays d’accueil. En effet, la délivrance des titres de résidence d’une femme était subordonnée à celle de l’homme, mari ou père. En cas de divorce ou de décès du mari, la femme était dans l’obligation de plier bagage et de rentrer chez elle. « Nous avons découvert que les lois hollandaises ne sont pas justes et n’établissent d’égalité que pour les Hollandais ; pour les étrangers, c’est une autre histoire ». La bataille s’annonce rude et Khadija s’échine à faire comprendre aux hommes politiques du pays que l’égalité entre les sexes n’est pas une affaire de nationalité mais d’êtres humains.
Elle en est à son troisième mandat
En 1993, la jeune et pétillante immigrée est déjà un personnage en vue, et courtisée pour sa capacité à mobiliser et fédérer. On lui proposa d’adhérer au parti travailliste (PvdA), un parti social-démocrate. Oui, répondit-elle, mais à une seule condition : avoir quelque influence dans le parti. Il faut, dans ce cas, devenir membre du bureau politique (BP), lui rétorque-t-on. La voilà donc militante au parti, puis membre de la direction au niveau d’Amsterdam.
Trois années plus tard, c’est le congrès du parti où elle est élue membre du BP. L’idée de devenir parlementaire ne lui effleurait même pas l’esprit : au sein des commissions, il y avait assez de pain sur la planche.

Les dirigeants du parti avaient une autre appréciation : Khadija sera plus efficace au Parlement, la fonction lui ira comme un gant.
En septembre 1997, à une année des élections législatives, Khadija Arib jouit d’une grande notoriété. Son nom figure même au douzième rang des candidats sur la liste nationale présentée par le parti. Sur les 150 sièges à pourvoir, le parti travailliste en obtient 45, dont la moitié ira aux femmes. Khadija passe haut la main. Quatre ans plus tard, le parti fera les frais d’une crise politique intérieure et perdra la moitié de ses sièges lors des élections de 2002. Pas Khadija, qui rempile et gagne. Une année plus tard, aux élections législatives anticipées, la Marocaine décroche un troisième mandat. Son cheval de bataille de parlementaire ? Continuer l’œuvre commencée depuis son arrivée, adolescente, en Hollande : véhiculer une image positive de la communauté et de la femme marocaines au sein de la société hollandaise. Résoudre les problèmes de santé et s’atteler à la modernisation des services médicaux. « Le parlement hollandais, fait-elle remarquer, n’est pas une chambre d’enregistrement : il a son mot à dire, depuis la nécessité d’une crèche dans un quartier jusqu’à la guerre d’Irak ».
Sa députation ne lui a pas fait oublier son pays d’origine, qu’elle chérit et visite régulièrement, en dépit de cet incident, qu’elle raconte comme une anecdote. En 1989, alors qu’elle s’apprêtait à prendre l’avion pour retourner à Amsterdam après un séjour au Maroc, la police lui confisqua son passeport et lui fit subir un interrogatoire : ses activités associatives en Hollande et ses contacts avec quelques opposants marocains sont passés au crible. Ce qui lui coûtera deux jours de cachot, ainsi qu’à ses trois enfants.

Jaouad Mdidech - La Gazette du Maroc

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