Les présidentielles françaises et le vote maghrébin

- 00h00 - France - Ecrit par : L.A

Après un flottement dans les sondages pour Ségolène Royal au début du mois de février, les sondages sont une nouvelle fois en faveur de la candidate. Après ce moment de doute et d’incertitude, elle a décidé de rappeler la vieille garde du parti socialiste. En tête l’ancien premier ministre Lionel Jospin, Laurent Fabius, Pierre Mauroy et d’autres ont rejoint le QG de Ségolène Royal. Cela représente un virage pour la candidate des socialistes qui a commencé sa campagne loin des appareils du parti et avec une équipe de jeunes voulant mener bataille sans les éléphants du PS.

Elle a déclaré à un quotidien parisien « Maintenant, j’ai avec moi la meilleure équipe qui soit ». C’est vrai. C’est une bonne équipe pleine de talent mais avec tous les risques de gestion des rivalités. Elle a confié à Jospin les questions internationales mais Fabius n’a pas hésité à montrer publiquement son intérêt dans ce domaine.

En plus de ce risque de l’intérieur, il y a aussi celui que représente le centriste François Bayrou qui grignote une partie des voix de gauche, et qui déclare dans les médias son intention de nommer un Premier ministre de gauche, s’il gagne les élections présidentielles. Bayrou fait les yeux doux aux électeurs de gauche et de droite. La proposition du célèbre député européen Daniel Cohn-Bendit va dans le même sens. Il a déclaré à Libération qu’il était favorable à une coalition à la française entre les socialistes, les verts et l’UDF pour battre la droite aux prochaines élections. Mais le premier secrétaire du parti socialiste, François Hollande, ne voit pas les choses de la même façon ; il a rappelé à ses camarades que François Bayrou candidat de l’UDF a toujours voté avec la droite à l’Assemblée nationale et pour la droite au deuxième tour des élections.

"J’observe que nulle part les élus de l’UDF ne viennent en appui des politiques de gauche lorsqu’elles sont conduites dans l’intérêt général" ; ils "votent toujours avec la droite et font des campagnes de droite", a-t-elle affirmé.

« La confusion droite-gauche est dangereuse. » estime la candidate socialiste. Elle a insisté sur les différences entre les programmes de l’UDF et de l’UMP et le sien dans le domaine économique et social ». Elle a ajouté sur France Inter que « c’est très dangereux » de parler d’« une coalition à la française » comme souhaite le candidat de l’UDF.

"Dans ce discours de la confusion, on cherche à empêcher les Français de choisir entre deux modèles de société, deux visions politiques qui s’opposent et qui ne correspondent pas aux mêmes choix politiques en profondeur", a-t-elle dit à la presse parisienne.

L’autre danger qui guette la candidate socialiste, c’est la virulence de la campagne de la droite, qui guette tous les mouvements et déclarations de Ségolène Royal avec ses « deux snippers » Michèle Alliot-Marie, la ministre de Défense, et Rachida Dati, la porte-parole du candidat de l’UMP. Le commentaire sur le retour des anciens n’a pas tardé à l’UMP « sacrée réorganisation ! On prend les mêmes et on recommence ! » Selon le porte parole de Sarkozy, la gauche a été arrêtée en 2002 et il a ajouté"On avait le retour aux idées de Jospin, on a eu le retour aux équipes Jospin, on a même le retour à Lionel Jospin".

Le retour des éléphants du PS ne leur a pas échappé d’autant que Ségolène Royal a toujours tablé sur la nouveauté pour se démarquer de la politique classique de son parti, avec une liberté de ton sur plusieurs sujets très chers à la gauche française.

La droite française avec cette attaque espère enlever l’image de la rupture et du renouveau incarnée par la candidate socialiste, image toujours positive dans les sondages.

Dès lors, la campagne présidentielle en France devient de plus en plus virulente. On parle de budget chiffré et de promesses réalistes et malgré la présence de 40 candidats de toutes tendances, maintenant quatre seulement vont jouer un rôle : Ségolène Royal pour le PS, Nicolas Sarkozy pour l’UMP, François Bayrou à l’UDF et Jean-Marie Le Pen, l’éternel représentant de l’extrême droite.

Mais les derniers sondages IFOP montrent un nouveau rapprochement entre Royal et Sarkozy et une progression de François Bayrou, en attendant de voir la réaction de l’opinion publique suite au rappel des éléphants du PS. Ce revirement va-t-il être apprécié ou rejeté ?
Parmi les grands enjeux de ces élections présidentielles, il y a le vote des Français issus de l’immigration maghrébine, appelé par la presse parisienne « vote des musulmans ». Ce vote sera très décisif. Selon des études, le vote des Français d’origine du Maghreb est acquis en majorité au PS français avec 55% des intentions de vote contre 23,4% à l’UMP.

C’est d’ailleurs cela qui a poussé Sarkozy à faire un effort considérable avec l’organisation du CFCM, la discrimination positive, des postes-clé dans son équipe de campagne pour des personnes issues de l’immigration, mais tous ses efforts ont été réduits à néant par ses déclarations sur les jeunes des banlieues qu’il voudrait nettoyer au karcher, sa position pro-Israélienne pendant l’agression du Liban et ses déclarations sur TF1 sur « les moutons égorgés dans les baignoires ».

Le PS profite aujourd’hui de la majorité des votes issus de l’immigration maghrébine. Mais on remarque de plus en plus de jeunes passant à droite et à l’UMP sans complexe, déçus par une gauche qui parle du principe de l’égalité sans grand effort de l’appliquer sur le terrain. Les électeurs d’origine maghrébine sont donc perdus entre une droite conservatrice et nationaliste qui essaie de séduire une communauté qui se replie sur elle-même avec un retour fort au religieux et une gauche qui considère le vote de cette minorité acquis et qui lui répète les mêmes principes d’égalité sans que leur réalité ne change. Reste une inconnue de taille. En effet, on observe, selon des chiffres officiels, une très nette augmentation des inscriptions sur les listes électorales et notamment dans les banlieues, suite à l’action d’associations citoyennes et d’artistes comme Jamel Debbouz et Joe Starr. Sur quel candidat vont se porter ces nouvelles voix ? Cela pourrait faire la différence !

Libération - Youssef Lahlali

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