Lions de l’Atlas : comment Walid Regragui a mis fin à la guerre des clans
L’image d’une équipe nationale fracturée par la langue appartient au passé. Longtemps miné par la formation de clans rivaux entre « Hollandais », « Français » et « Locaux », le vestiaire des Lions de l’Atlas a opéré sa mue. Sous la houlette de Walid Regragui, la diversité des origines n’est plus un frein mais une force, cimentée par une communication hybride qui donne des sueurs froides aux traducteurs.
C’était le talon d’Achille historique de la sélection : des groupes hermétiques se formant selon le pays de naissance, explique RMC Aujourd’hui, cette époque est révolue. Que les joueurs soient nés à Madrid (Hakimi, Diaz), aux Pays-Bas (Mazraoui, Amrabat), en Belgique (El Khannouss), en France (Saïss, Ben Seghir) ou au Maroc (Aguerd, Ounahi), le dialogue est fluide.
« Il n’y a plus de souci de communication », tranche Saïd El Abadi, auteur d’un ouvrage récent sur le football africain. Selon lui, cette unité retrouvée est un « élément majeur de la réussite du Maroc ». Les binationaux ne se posent plus la question de leur intégration : ils parlent désormais d’une même voix, effaçant les frontières invisibles qui traversaient jadis les rassemblements.
Regragui, le chef d’orchestre polyglotte
La clé de cette harmonie réside dans le profil de Walid Regragui. Natif de l’Essonne et pur produit de la double culture, le sélectionneur de 50 ans navigue avec aisance entre les langues. Darija, français, espagnol, anglais : il adapte son discours à son interlocuteur pour s’assurer que ses consignes tactiques et ses encouragements soient parfaitement reçus.
Cette gymnastique linguistique est devenue sa marque de fabrique. Face à son groupe, il privilégie la darija, quitte à glisser régulièrement des termes étrangers pour les joueurs moins à l’aise avec le dialecte. « C’est typiquement marocain de faire une phrase avec du français, de l’arabe et de l’anglais », note l’expert Saïd El Abadi.
Le calvaire des journalistes
Si cette méthode soude le vestiaire, elle représente un véritable défi pour la presse. Les conférences de Walid Regragui sont devenues un exercice de haute voltige pour les médias. Le coach jongle d’une langue à l’autre, parfois au sein de la même phrase, pour faire passer ses messages ou répondre aux critiques sur le jeu de l’équipe.
Pour les traducteurs et les journalistes, c’est un « cauchemar », confie Anas Bakhkhar de Medi1TV. « On ne sait jamais dans quelle langue il va parler. Il peut commencer en darija et basculer en français deux mots plus tard. » Résultat : les médias ont renoncé à le traduire systématiquement, diffusant ses propos bruts, reflet fidèle d’une identité marocaine complexe et décomplexée.