Maroc-Algérie : « Aucun ne veut la guerre, mais les deux se préparent au pire »

- 20h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

« Aucun ne veut la guerre, mais les deux se préparent au pire. » Lancée fin 2025 à propos du Maroc et de l’Algérie, la mise en garde prend une nouvelle dimension avec l’accélération de la modernisation militaire des deux voisins.

La chercheuse du Middle East Institute, Intissar Fakir, décrivait en novembre 2025 un « dilemme de sécurité » : chaque renforcement militaire d’un pays pousse l’autre à accroître à son tour ses capacités. Neuf mois plus tard, plusieurs évolutions vont dans ce sens.

L’International Institute for Strategic Studies (IISS) estime désormais que l’Algérie pourrait avoir pris un avantage technologique avec l’apparition signalée de ses premiers avions de combat Su-57. Leur mise en service ferait d’Alger le premier utilisateur africain d’un chasseur de cinquième génération.

Face au programme algérien, le Maroc avait engagé dès 2021 des discussions avec les États-Unis autour d’une éventuelle acquisition du F-35. Mais cinq ans plus tard, l’IISS constate qu’il y a eu « peu de progrès concrets » sur ce dossier.

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La rivalité dépasse largement les avions de combat. Alger continue de s’appuyer principalement sur les équipements russes, tout en renforçant ses achats auprès de la Chine. Rabat privilégie les systèmes américains et occidentaux et développe parallèlement sa coopération avec Israël ainsi que sa propre industrie de défense.

Cette compétition absorbe des sommes considérables. En 2025, le Maroc et l’Algérie ont consacré ensemble 33 milliards de dollars à leur défense, soit 88 % des dépenses militaires mesurables de toute l’Afrique du Nord, selon l’IISS.

L’écart reste énorme : l’Algérie a dépensé 25,5 milliards de dollars en 2025, contre 7,51 milliards pour le Maroc.

La course aux armements pourrait pourtant changer de rythme

Un premier retournement apparaît en 2026. Le budget militaire algérien doit reculer à 24,5 milliards de dollars, soit une baisse d’environ 10 % une fois l’inflation prise en compte. Celui du Maroc progresse au contraire à un niveau record de 7,87 milliards.

L’Algérie consacrait encore 8,9 % de son PIB à la défense en 2025, contre environ 4 % historiquement pour le Maroc. Mais l’IISS doute de la capacité d’Alger à maintenir durablement un tel effort, notamment en raison de sa dépendance aux hydrocarbures et de ses déficits publics.

Le Maroc dispose à l’inverse d’une économie plus diversifiée qui pourrait lui permettre de continuer à augmenter progressivement ses dépenses militaires. L’institut estime donc que l’écart financier entre les deux armées pourrait commencer à se réduire.

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Cela ne signifie pas pour autant une détente. L’IISS considère au contraire que la poursuite simultanée des programmes de modernisation, alors que les relations diplomatiques restent mauvaises, risque d’accentuer le « dilemme de sécurité » entre Rabat et Alger.

C’est précisément le scénario qu’Intissar Fakir décrivait en novembre 2025 dans son analyse pour le Middle East Institute. Selon elle, la réduction du risque nécessiterait non seulement un règlement politique autour du Sahara, mais également des mesures de confiance et des mécanismes de contrôle des armements.

Pour l’heure, les deux pays continuent de moderniser leurs forces selon deux modèles opposés : russe et chinois côté algérien, principalement américain et occidental côté marocain. Une rivalité que l’IISS décrit aussi comme un affrontement indirect entre deux écosystèmes militaires concurrents aux portes sud de l’Otan.