Maroc-Espagne : la guerre sous l’Atlantique

- 11h00 - Maroc - Ecrit par : Mohamed A.

Sous l’Atlantique, entre le Maroc et les îles Canaries, une montagne sous-marine riche en minerais stratégiques transforme un ancien différend de frontières en enjeu majeur pour l’Espagne, le royaume et l’Union européenne.

La délimitation des espaces maritimes entre le Maroc et les Canaries ne se résume plus à une querelle de cartes. Les prétentions maritimes des deux pays se chevauchent dans une zone susceptible d’abriter du tellure, du cobalt, du nickel, du vanadium, du platine et des terres rares, des matières premières devenues essentielles pour les batteries, les énergies renouvelables, l’électronique et les équipements de défense.

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Le principal point de convoitise est le mont Tropic, situé au sud-ouest de l’archipel canarien. Cette montagne sous-marine se trouve à proximité de la zone concernée par les demandes d’extension du plateau continental. Celui qui obtiendra des droits sur cet espace pourrait, à terme, contrôler l’accès à une partie de ses ressources potentielles.

L’Espagne défend une frontière fondée sur la ligne médiane, calculée à égale distance entre les Canaries et la côte africaine. Le Maroc privilégie une délimitation reposant sur l’équité et la proportionnalité, estimant que la longueur de sa façade continentale doit également être prise en compte.

Le trésor qui redessine la frontière

Pendant plusieurs décennies, ce différend concernait principalement la pêche et les éventuelles réserves d’hydrocarbures. La montée en puissance des minerais critiques a changé la dimension du dossier. L’Europe cherche désormais à réduire sa dépendance extérieure pour des ressources indispensables à sa transition énergétique et à son industrie technologique.

Selon la Cátedra Juan Miguel Sanjuán, cette nouvelle importance pourrait faire de l’Atlantique oriental un espace central de la stratégie énergétique et industrielle européenne d’ici 2030-2050. Le rapport évoque aussi la possibilité d’une gestion conjointe des ressources si Rabat et Madrid ne parviennent pas à fixer rapidement une frontière définitive.

Une éventuelle exploitation reste toutefois lointaine. La quantité exacte de minerais commercialement récupérables n’est pas établie, tandis que la fragilité des écosystèmes profonds impose de lourdes précautions environnementales. Le statut du Sahara constitue par ailleurs un obstacle juridique supplémentaire pour toute délimitation projetée depuis ses côtes.

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Derrière les lignes tracées sur les cartes se joue donc une question beaucoup plus concrète : qui pourra, demain, explorer et éventuellement exploiter les richesses enfouies sous cette partie de l’Atlantique ?